30 mars 2026

Terry, le roi de l'Adélirium Race

Il y a quelques jours, nous nous questionnions sur le vainqueur du pari de la date d’apparition de la première colonne de plus de 30 manchots empereurs. Avec la date du 22 mars, c’est finalement Terry, notre mécanicien de précision (souvent abrégé “mépré”en langage adélien) qui a le mieux deviné l’arrivée de ces majestueux sphéniscidés. Le prochain pari pourrait être : à partir de quelle température polaire Terry va-t-il arrêter de porter des shorts ? Il fait dans les -10°C ces jours-ci...

Justement, profitons-en pour vous présenter Terry. A 22 ans, c’est le deuxième plus jeune membre de notre TA76 (76e mission en Terre Adélie). Son rôle sur la station est de fabriquer les pièces métalliques ou plastiques que nous n’avons pas en stock mais qui sont nécessaires aux travaux et à la maintenance de ses collègues de l’équipe technique : plombier, électriciens, mécaniciens centrale, mécanicien engins, menuisier. En plus de son sens de l’humour et de la formule bien sentie, on remarque deux choses chez Terry : sa serviabilité (toujours dispo pour déneiger, toujours en short donc, ou pour filer un coup de main à ses collègues) et son dynamisme (toujours prêt pour une activité collective, on ne le verra pas beaucoup rester inoccupé cet hiver !). C’est aussi un sportif hors pair. L’occasion de revenir sur un événement sportif organisé début février : l’Adélirium Race, qu’il a remporté haut la main !

Le principe était simple : la course se jouait par élimination. Nous étions 35 coureurs et coureuses (joli succès de mobilisation pour les organisateurs !) à nous élancer sur un parcours en boucle de 800 mètres, avec 40 mètres de dénivelé, dans un temps donné. Pour prendre le départ de la boucle suivant, il fallait finir la précédente dans les temps. On a démarré par 10 minutes et petit à petit le parcours devait être bouclé en 9 minutes, puis 8, puis 7, etc. Les coureurs pouvaient doser leurs efforts à leur convenance : courir vite pour profiter des minutes restantes au chrono pour se reposer avant le départ suivant, ou au contraire courir lentement mais sûrement. 

Adélirium Race, le 1er février 2026. Photos : Étienne Gentilhomme (mécanicien engins TA76)

Comme vous le devinez, plus la compétition avançait, plus le temps imparti pour réaliser le parcours diminuait. Il fallait donc accélérer la cadence au fur et à mesure. Si un coureur échouait à terminer une boucle, il ou elle était éliminé. La compétition s’est poursuivie jusqu'à ce qu'il n’ait resté plus qu'un seul coureur capable de finir la boucle dans le temps imparti (4 minutes et 15 secondes).

Terry Bouchardon, mécanicien de précision TA76, vainqueur de l'Adélirium Race
Photos : Étienne Gentilhomme (mécanicien engins TA76) et Ambroise Pottier (menuisier TA76)

Et comme vous l’avez compris, ce dernier coureur à tenir le rythme et à terminer la dernière boucle dans les temps a été Terry, qui aura bouclé 27 tours en tout, soit 2h56 de course ! Quelle machine !

L’occasion aussi de saluer et remercier les trois organisateurs du Running Club des Pétrels : les deux comparses Clément et Quentin à la conception et à l’organisation, assistés de Clémence à la réalisation.

Clément Gouget, responsable technique TA76
Photo : Ambroise Pottier (menuisier TA76)


Quentin Stéphan, boulanger-pâtissier TA76 (avec Milan au premier plan)
Photo : Étienne Gentilhomme (mécanicien engins TA76)


Clémence Ferrand, chimiste-glaciologue TA76
Photo : Étienne Gentilhomme (mécanicien engins TA76)


27 mars 2026

Exercice sauvetage à DDU

Les hivernants de la station Dumont-d’Urville sont tous répartis, sur la base du volontariat, dans trois équipes de secours : pompiers, sauvetage et aide médicale. Pour être opérationnelles en cas de besoin réel, ces équipes s’entraînent régulièrement.

Comme toutes les semaines, l’équipe sauvetage se forme donc à des interventions et s’entraîne avec des exercices de simulation de secourisme en milieu périlleux. Il y a quelques jours, ces neuf volontaires, encadrés par les deux co-responsables de l’équipe Raphaëlle et Clément, respectivement médecin et responsable technique de la TA76, ont déroulé le scénario suivant : Quentin, boulanger-pâtissier, faisait du snowboard et a chuté dans une pente enneigée derrière le hangar météo. Il s’agissait donc pour le reste de l’équipe de se rassembler, emporter avec eux le matériel nécessaire au sauvetage, accéder à la victime à l'aide de cordes dans ce terrain escarpé, établir le bilan médical auprès du blessé (intense douleur à la cuisse gauche et douleur dorsale diffuse, sans perte de connaissance) et organiser sa remontée en base haute, vers l’hôpital. Antoine, le radio, et Nicolas, le chef de district, ont également participé à l’exercice à leur poste respectif.

L’exercice est une réussite. Chacun s’est mobilisé rapidement. Les différentes techniques apprises précédemment ont bien été mises en pratique. Les communications entre les différents acteurs ont été fluides. Il n’y a pas eu de précipitation et le blessé a été rapidement sécurisé sur un brancard pour être remonté et transporté jusqu’à l’hôpital. L’exercice a permis à nouveau d’acquérir les réflexes et les automatismes nécessaires en cas d’accident réel, dans ce milieu polaire souvent hostile. Comme souvent, c’était aussi l’occasion de repérer des points à améliorer pour les prochains exercices.

 

Quentin Stéphan (boulanger-pâtissier), victime fictive, au pied du hangar météo,
avec l’équipe sauvetage qui se met en place à proximité.
Photo : Ambroise Pottier (menuisier TA76)


Raphaëlle David (médecin) et Clément Gouget (responsable technique),
les co-responsables de l’équipe sauvetage faisant le point de la situation sur place.
Photo : Ambroise Pottier (menuisier TA76)


Mathys Delmerre (second centrale), le premier sauveteur sur place
établissant le bilan médical de Quentin en lien avec la médecin.
Photo : Ambroise Pottier (menuisier TA76)


Étienne Gentilhomme (mécanicien engins) rejoignant Mathys auprès du blessé.
Photo : Ambroise Pottier (menuisier TA76)


Léo Ragheboom (électricien) et Mathilde Morel (informaticienne),
avant leur descente en rappel vers le site de sauvetage.
Photo : Ambroise Pottier (menuisier TA76)


Milan Chabin (ornithologue), le cinquième sauveteur se préparant à descendre à son tour.
Photo : Ambroise Pottier (menuisier TA76)


Clémence Ferrand (chimiste-glaciologue) assurant ses collègues.
Photo : Ambroise Pottier (menuisier TA76)


Léo, Mathys et Clément dans la pente ; Terry Bouchardon (mécanicien de précision),
Raphaëlle, Alexis George (technicien météo) et Clémence assurant la descente en rappel.
Photo : Etienne Gentilhomme (mécanicien engins TA76)


L’équipe sauvetage auprès de la victime fictive, pour le placer sur un brancard.
Photo : Clément Gouget (responsable technique TA76)


Mathys et Léo remontant Quentin, avant son brancardage vers l’hôpital.
Photo : Mathilde Morel (informaticienne TA76)

 

19 mars 2026

Le retour des manchots empereurs

Alors que leurs cousins Adélie ont commencé à déserter notre île des Pétrels en février, les manchots empereurs vont faire leur retour en mars. Les paris ont été ouverts au séjour pour savoir qui devinerait correctement la date exacte de l’arrivée de la première colonne de plus de 30 empereurs. L’an dernier, c’était le 7 mars. Mais en 2026, personne n’a gagné encore puisqu’aucune colonne n’a été aperçue par les multiples scrutateurs. En revanche de petits groupes d’individus commencent à arriver.

Photo : Alexis George (technicien météo TA76)

La question d’après sera sans doute de deviner le lieu de nidification de ces sphéniscidés majestueux. Habituellement ils nichent aux abords du glacier de l’Astrolabe, au sud des Pétrels, sur un site appelé le nunatak du Bon Docteur (nunatak est un terme groenlandais signifiant « montagne » ou « monticule entièrement recouvert de glace durcie »). Etant donné que la banquise est encore bien formée entre les Pétrels et le glacier, il est possible qu’ils élisent domicile plus proche de nous cette année.

Photo : Alexis George (technicien météo TA76)

 

12 mars 2026

Météo étrange en cet été austral

La campagne d’été aura été, à bien des égards, et selon un nombre significatif d’observateurs et d’habitués de l’Antarctique, une saison pas comme les autres cette année. La météo, qui n’a pas été des plus clémentes en Terre Adélie, y aura été pour beaucoup. Elle aura impacté grandement bon nombre d’activités scientifiques en extérieur, de programmes logistiques (en particulier pour l’hélicoptère, très dépendant de la météo) et de travaux sur la station.

Illustration d'une météo un peu venteuse et neigeuse, le 18 février 2026. Vidéo : Nicolas Puvis (DISTA 76)

Le mois de décembre 2025 a été doux mais très peu ensoleillé. La température moyenne a été de -0,2°C pour une normale de -1,7°C. Avec une maximale de 8,4°C le jour de Noël, c’est le quatrième mois le plus chaud enregistré depuis le début des mesures en 1956. En revanche, avec 162,1 heures d’insolation (normale saisonnière : 321 heures), c’est le mois de décembre le moins ensoleillé depuis 1991. Ce mois a compté 14 jours de neige (pour une normale de 8,1). Enfin, un brouillard important nous a enveloppé le 26 décembre, phénomène assez rare ici.

Le mois de janvier 2026, avec une moyenne de -0.4°C, a été plus doux que la normale de 0.5°C. L’ensoleillement de 218 heures est déficitaire de 20 % ; sur la première décade, seulement 26 heures d’insolation soit un déficit de 70 %. Le vent moyen est supérieur à la normale mais on n’a relevé aucune rafale au-delà de 100 km/h, comme seulement en janvier 1972 et 1985. Avec 18 jours de neige (normale saisonnière : 8,9 jours), 2026 établit un nouveau record, effaçant ceux de 1969 et 1984 (17 jours chacun). A nouveau, un brouillard persistant nous a surpris les 2 et 3 janvier.

Le mois de février 2026 a de nouveau été particulièrement doux, avec une température moyenne de -2°C (normale saisonnière : -4,3°C). 2026 est le troisième mois de février le plus doux après 1986 et 2017. A noter, qu’avec +0,5°C, les maximales établissent un record de douceur depuis 1956. Les occurrences de jours de neige en février ont très largement établi un nouveau record avec 20 jours (normale : 7,7 jours ; précédent record : 14 jours en 1962). On estime les chutes de neige à près de 2 mètres, essentiellement sur la seconde partie du mois. Enfin, avec 13 jours d’insolation nulle dans le mois, l’insolation totale s’est élevée à 126,8 heures, déficitaire de plus de 40%, essentiellement sur la seconde moitié du mois. Depuis 1991, c’est le deuxième mois de février le moins ensoleillé après 2017.

En résumé :

  • Des températures très douces – un record pour un mois de février
  • Très peu d’ensoleillement – un record pour des mois de décembre et février
  • Du vent relativement faible – un record pour un mois de janvier
  • De fortes chutes de neige – un record pour un mois de février
  • Du brouillard, phénomène rare

C’est aussi l’occasion de vous présenter l’équipe Météo France de Dumont-d’Urville. A tout seigneur, tout honneur, nous commençons par Philippe Aliaga. Ingénieur des travaux hors classe, il est ici chef de la station météo et plus particulièrement en charge du suivi de la banquise. Traileur et coureur endurant, Philippe parcourt en Terre Adélie la dernière ligne droite de sa carrière puisqu’il partira en retraite à son retour dans l’Hexagone à la fin de notre hivernage.

Comme prévisionniste avec lui, nous avons Frédéric Miens. Chef technicien d’exploitation, c’est un habitué des TAAF où il a déjà deux hivernages au compteur : un à DDU en 2012 et un à Kerguelen en 2021. Fred est blagueur et n’a pas d’égal pour présenter les prévisions météo, tout en humour et toujours très professionnel. Il est en charge de l’activité climatologie et tour à tour avec Philippe, deux jours sur deux, il prend la veille météo.

Enfin, Alexis George complète ce trio et fait abaisser sensiblement leur moyenne d’âge ! Technicien supérieur instruments, il a en charge l’activité informatique et électronique de la station météo et la maintenance du matériel. Grand amateur de jeux de société, Alexis non plus n’est pas dépourvu d’une certaine espièglerie, puisqu’il s’amuse a posteriori à comptabiliser les jours où les prévisions météo n’ont pas collé à la réalité.

Alexis, Fred et Philippe, sous un soleil rarement aussi radieux ! Photo : Nicolas Puvis (DISTA 76)