15 mai 2026

Photos du mois – Avril 2026

Pour le mois d’avril, nous avons réédité notre concours de la « Photo du Mois » à DDU. Les hivernants étaient libres de proposer des photos prises courant avril. Le vote a eu lieu début mai et voici le podium de celles qui ont recueilli le plus de suffrages.

Fred en balade sur la banquise. Photo : Antoine Quesnée (technicien radio TA76)

La lauréate « Photo du Mois » a été prise par Antoine, notre technicien radio. Pour l’anecdote, il est originaire de Condé-en-Normandie (anciennement Condé-sur-Noireau), la commune où est né Jules Dumont d’Urville, l’explorateur français qui découvrit en 1840 ce qu’il nomma ensuite la Terre Adélie. Sous-officier de l’Armée de l’Air détaché à DDU, Antoine veille au quotidien sur nos activités et nos déplacements en assurant la veille radio. Il est aussi un élément essentiel lorsqu’il s’agit de réparer des instruments de télécommunications (radio, téléphone, etc.). Il appuie également Mathilde et Valentin, notre duo informaticienne et électronicien. Il est toujours prêt à donner un coup de main à ceux qui en ont besoin et à participer aux sorties, ornitho avec Milan ou glacio avec Clémence, quand son emploi du temps le permet. Par ailleurs, Antoine est donc aussi un très bon chasseur d’images sur son temps libre et l’un des piliers de nos activités de groupe au séjour. C’est un adversaire redoutable au babyfoot, un coincheur fou et sa bonne humeur est toujours appréciée aux moments informels autour du bar en fin de semaine.

Pétrel géant antarctique. Photo : Milan Chabin (ornithologue TA76)

En deuxième position, cette photo de Milan, ornithologue, nous présente un pétrel géant antarctique. Passionné par son métier, il peut être intarissable et étancher la curiosité des plus intéressés par ces sujets, sans jamais ennuyer son auditoire. Il est consciencieux dans ce qu’il fait et prépare ses sorties avec beaucoup d’attention. Il y invite toujours du monde pour nous faire découvrir sous un autre jour l’environnement qui nous entoure. Tant qu’il fait encore jour, Milan en profite et sort quasiment tous les jours quand la météo le permet. En cette saison, il n’a plus sous la main que des manchots empereurs, mais reste encore bien occupé. Il est également connu sur la station pour son humour et son rire communicatif.

Manchots empereurs et Milan en arrière-plan. Photo : Clément Gouget (responsable technique TA76)

Enfin, une photo prise par Clément, notre responsable technique. Il est déjà apparu sur ce blog lors des présentations de l’équipe pompiers, de l’équipe sauvetage ou d’une course du Running Club des Pétrels. Clément coordonne l’équipe technique hivernante de DDU, chapeautant ainsi la centrale électrique, la production d’eau, la gestion des déchets, la plomberie, le chauffage, la menuiserie, les engins, l’électricité. Un poste clé, tout comme ceux des membres de son équipe ! Sur son temps libre, cet amoureux des grands espaces est souvent en balade sur la banquise, en train de faire du sport, jouer à la guitare, organiser une activité collective. D’aucuns diraient qu’il est un peu hyperactif, lui dira sans doute que chaque minute vaut le coup d’être vécue intensément, surtout si proche du pôle sud. Avec son esprit particulièrement vif et aiguisé, il prend toute sa place dans l’humour qui prévaut sur la station.

 

08 mai 2026

Commémoration du 8 mai 1945

En Terre Adélie, notre petite communauté s'est rassemblée pour s'associer à la commémoration nationale de la Victoire du 8 mai 1945.

La cérémonie a suivi le protocole de rigueur. Lecture a été faite par le chef de district du discours écrit par le ministère des Armées et des Anciens combattants, entouré par les deux hivernants de l'Armée de l'Air à Dumont-d'Urville. Nous avons ensuite respecté une minute de silence en mémoire des morts de la Seconde Guerre mondiale, suivie d'une Marseillaise.

Guillaume, Nicolas et Antoine. Photo : Léo Ragheboom (électricien TA76)

Un apéro et un repas festif sont venus compléter ce temps mémoriel, dans le territoire les plus austral de la République.

 


04 mai 2026

70 ans de la station Dumont-d’Urville (2/2)

Cette année, nous célébrons le 70e anniversaire de la station Dumont-d’Urville. L’occasion d’un coup d’œil dans le rétroviseur pour se remémorer les dates marquantes de la présence française en Terre Adélie. Dans un premier article, il s’agissait de la période entre la prise de possession de la Terre Adélie et le tout début de la station Dumont-d’Urville (DDU). Dans ce second article, nous retraçons l’histoire de DDU de 1956 à nos jours.

 

Années 1950

Portée par la communauté scientifique internationale, l’Année géophysique internationale (AGI) 1957-1958 met en œuvre des moyens sans précédent pour étudier le continent. 48 nouvelles bases scientifiques sont implantées en Antarctique et autour afin d’étudier les propriétés physiques de la planète durant le nouveau pic d’activité solaire.

A cette occasion, trois expéditions sont menées par la France : celle de 1956 consacrée à l’installation des bases et la poursuite des observations sur les manchots empereurs ; celles de 1957 et 1958 pour les expérimentations en sciences de la Terre (météorologie, magnétisme terrestre, sismologie, ionosphère, étude des aurores polaires, glaciologie…), réparties entre les stations DDU et Charcot, à 320 km à l’intérieur du continent.

Le bâtiment principal construit en 1956 au sommet de l'île des Pétrels pour l'AGI. La tour météo et le pylône radio.
Le premier bâtiment principal au sommet de l'île des Pétrels, construit en 1956 pour l'AGI. Photo : Jacques Masson

En 1959, le Traité sur l’Antarctique est adopté sous l’impulsion des 12 pays contributeurs à l’AGI. Il reconnaît qu’il est « de l’intérêt de l’humanité tout entière que l’Antarctique soit à jamais réservée aux seules activités pacifiques et ne devienne ni le théâtre ni l’enjeu de différends internationaux ». Il sera complété en 1991 par le Protocole de Madrid relatif à la protection de l'environnement, convenant de « désigner l’Antarctique comme réserve naturelle, consacrée à la paix et à la science ».

 

Années 1960

A la fin de l’AGI, il est décidé de maintenir une activité scientifique permanente à DDU. La modernisation de la station, initialement conçue pour 20 personnes sur 3 ans, passe par la définition en 1962 d’un plan directeur d’aménagement, exposant divers principes comme : distinguer deux zones d’occupation (hivernale et estivale) ; isoler chaque bâtiment d’hivernage tout en les reliant par des couloirs ou des passerelles ; rassembler dans la zone estivale les installations liées à la logistique de ravitaillement…

La majorité des infrastructures actuelles émergent entre les années 1960 et 1980. Spécialement conçus pour DDU dans les années 1960, les bâtiments préfabriqués métalliques type Spair (dortoir hiver, séjour…) sont placés sur des radiers afin de s’affranchir de la topographie du site et atténuer l’impact des congères.

Survol des principaux bâtiments de la base. Le labo 2 en construction. Mer libre.
La base haute de DDU en 1965, avec les bâtiments du garage (à gauche), de la centrale (à droite)
et du bureau technique (au fond) toujours debout de nos jours. Photo : Robert Guillard

C’est à partir du début des années 1960 que Christiane Gillet, la première femme à séjourner en Terre Adélie, va faire des campagnes d’été régulièrement, en tant qu’ingénieure en chef des Expéditions polaires françaises (EPF).

L'ingénieur en chef des EPF, Christiane Gillet, aux commandes d'un weasel de chantier M 29.
Christiane Gillet aux commandes d'un Weasel de chantier en 1963. Photo : René Merle

En 1964, la nouvelle centrale est construite afin de répondre aux besoins énergétiques grandissants. D’autres fillods sont aussi installées, au détriment des deux d’origine, aujourd’hui démantelées.

En 1967, le « bouilleur » est spécialement développé par les Expéditions polaires françaises (EPF) pour obtenir de l’eau potable en continu, à partir de l’eau de mer. Celle-ci est distillée en utilisant la chaleur issue des circuits de refroidissement des moteurs de la nouvelle centrale électrique.

Durant l’été 1966-1967, le CNES et le GRI organisent le lancement depuis le hangar Fusée de trois fusées-sondes Dragon, pouvant atteindre 350 km d’altitude, afin de mesurer le flux et la densité de particules atteignant la magnétosphère.

Vue éloignée d'un lancement : une fusée Dragon s'élève dans un panache de gaz de combustion. Au loin, le glacier de l'Astrolabe.
Lancement d’une fusée-sonde en 1967, avec le glacier de l’Astrolabe en arrière-plan. Photo : Jean-Clair Loison

 

Années 1970

Vue aérienne de DDU en 1972. Photo : Christiane Gillet

 

Années 1980

Dès 1973, un projet de création d’une piste d’atterrissage est amorcé par Paul-Émile Victor, puis accepté par le Gouvernement en 1982. Il nécessite l’arasement des îlots du Cuvier, du Lion et Buffon. Finalisé en 1993, l’ouvrage est endommagé en 1994 par une forte tempête, le rendant inutilisable. Il sert aujourd’hui de zone de déchargement et stockage.

Travaux en cours sur la piste du Lion en 1988 (auteur inconnu)

 

Années 1990

Signé à Madrid en 1991, suite à une initiative franco-australienne, le Protocole au Traité sur l’Antarctique relatif à la protection de l’environnement renforce l’encadrement des activités humaines mises en œuvre au sud du 60e parallèle sud (tous domaines confondus), au profit de la préservation de l’environnent naturel et physique.

En 1992, l’Institut français pour la recherche et la technologie polaires (IFRTP), devenu l’Institut polaire français Paul-Émile Victor (IPEV) en 2002, est créé afin de poursuivre le rôle des EPF pour l’accompagnement de la recherche polaire.

Longtemps surnommée « Prudhomme » du fait de sa localisation sur le cap André Prudhomme (ingénieur de la Météorologie nationale, disparu dans le blizzard le 8 janvier 1959), cette station assure la préparation des raids, ces convois de ravitaillement vers la station continentale franco-italienne Concordia, à plus de 1100 km de DDU, depuis 1997. En 2016, elle est renommée Robert-Guillard en hommage à l’un des artisans de la construction de DDU et membre de longue date des EPF (de 1947 à 1984).

 

Années 2000

La TA 50, cinquantième mission en Terre Adélie, est marquée par l’hivernage des deux premières femmes à DDU : Pascale Jani (technicienne météo – civil) et Jocelyne Le Bret (responsable télécommunications – militaire).

En 2006, la Dr Ariane Richasse est nommée DISTA de la TA 56, première femme à ce poste, et était en même temps médecin cheffe de la station (également une première pour une femme).

Depuis 2000, la quasi-totalité des bâtiments a été bardée par l’extérieur et a reçu une sur-toiture pour lutter contre les infiltrations d’eau (fonte de neige et glace) et pour protéger les matériaux de construction d’origine abîmés par l’effet de sablage des cristaux de glace projetés par les vents puissants.

 

2017

Mis en service en 2017, le brise-glace et patrouilleur L’Astrolabe P800 est issu d’un partenariat entre les Terres australes et antarctiques françaises, l’Institut polaire français et la Marine nationale. Il assure une mission de soutien à la logistique Antarctique pendant toute la campagne d’été, en effectuant 4 à 5 rotations entre Hobart en Tasmanie et DDU.

Avant qu’elle ne se dote du prédécesseur de L’Astrolabe en 1988 (lui aussi baptisé L’Astrolabe), la France a longtemps emprunté des navires norvégiens ou danois pour la logistique des expéditions en Terre Adélie. En 1988, elle décide de se doter de son propre brise-glace L’Astrolabe, en hommage aux bâtiments de La Pérouse et Dumont d’Urville.

L’Astrolabe en Terre Adélie. Photo : TAAF

 

29 avril 2026

70 ans de la station Dumont-d’Urville (1/2)

Cette année, nous célébrons le 70e anniversaire de la station Dumont-d’Urville. L’occasion d’un coup d’œil dans le rétroviseur pour se remémorer les dates marquantes de la présence française en Terre Adélie. Dans ce premier article, il s’agira de la période entre la prise de possession de la Terre Adélie et le tout début de la station Dumont-d’Urville (DDU). Dans un second article, nous retracerons l’histoire de DDU de 1956 à nos jours.

 

1840

Quittant Hobart en Tasmanie le 2 janvier 1840, l’expédition menée par Jules Dumont d’Urville à la tête des corvettes l’Astrolabe et la Zélée fait route au sud pour s’approcher au plus près du pôle sud magnétique. Il se confronte à une mer parsemée d’icebergs, avant d’apercevoir une terre. Le 20 janvier, une dizaine de marins hissent le drapeau français sur l’actuel rocher du Débarquement ; d’autres effectuent des prélèvements géologiques ou étudient le magnétisme.

Les corvettes poursuivent, sur le chemin du retour, la cartographie de la côte par l’ouest. Il s’agit de la première expédition officielle à poser le pied en Antarctique et à explorer cette région australe située à la frontière entre les océans Indien et Pacifique.

Prise de possession de la Terre Adélie en janvier 1840. Dessin : Louis Le Breton, 1846

 

1948-49

Suite à la création des Expéditions polaires françaises (EPF) en 1947, une expédition en Terre Adélie (TA 02) pour l’été austral 1948-1949 à bord du Commandant Charcot est confiée à André-Franck Liotard. Inachevée en raison d’une banquise infranchissable, une autre est programmée l’année suivante.

 

1950

Le 20 janvier 1950, la TA 03 (troisième mission en Terre Adélie), composée de 11 hommes et 28 chiens, accoste à cap Margerie avec 250 tonnes de matériel de construction et d’approvisionnement. Les infrastructures préfabriquées sont calfeutrées pour empêcher la neige et le vent de s’engouffrer. Des équipements pour les observations scientifiques sont aussi construits : tour météo, marégraphe, éolienne, abris annexes…

Après 60 jours de labeur, la base, nommée Port-Martin en l’honneur de J. A. Martin décédé au cours du voyage, est inaugurée le 9 avril 1950.

La base Port-Martin en cours de construction en février 1950. Photo : Fonds Yves Vallette

C'est au cours de cet hivernage 1950 qu’est découverte, à 65 km à l’ouest de Port-Martin, dans l’archipel de Pointe-Géologie, une importante manchotière d’empereurs.

 

1951

La mission TA 04 prend le relais en 1951 pour poursuivre l’aménagement de la base Port-Martin et les observations scientifiques. Des raids par Weasels (engins motorisés sur chenilles) sont de nouveau organisés vers Pointe-Géologie pour observer la colonie de manchots empereurs. Au cours de ces raids de juin et septembre 1951, les explorateurs constatent avec surprise la différence de climat entre les deux sites. La vitesse du vent y est trois fois moindre.


1952

Pour la mission TA 05, deux équipes distinctes sont formées. L’une autour de René Garcia sera localisée à Port-Martin. L’autre avec Mario Marret s’installera le 17 janvier sur l’île des Pétrels à 65 km de là, pour y construire une base annexe (l’ancêtre de DDU) dédiée à l’observation de la colonie de manchots empereurs découverte en 1950.

Le 23 janvier 1952, un incendie accidentel détruit complètement le bâtiment principal de Port-Martin, sans faire de victime.

Incendie de Port-Martin, trois hommes, un chien à leurs pieds, observent, impuissants à la fin du sinistre.
Incendie de Port-Martin, trois hommes observent impuissants la fin du sinistre. Photo : Roger Kirschner

René Garcia abandonne alors toute idée d’hivernage à Port-Martin et fait rembarquer le jour même la totalité de son équipe sur le navire baleinier norvégien Tottan, encore à proximité. Ils chargent également du matériel qui pourrait être utile dans la nouvelle base de Pointe-Géologie, où le bateau fait escale le lendemain.

Trois membres de l’équipe Garcia décideront de débarquer sur l’île des Pétrels pour y passer l’hiver avec les quatre hivernants de cette nouvelle base annexe. Sous la direction de Mario Marret, et privé de l'appui technique et logistique de la base arrière de Port-Martin, les sept hommes de cette TA 05 seront récupérés un an après, le 14 janvier 1953, sans laisser de relève.

Construction de la base Marret et l’atelier attenant sur l’île des Pétrels en 1952. Photo : Mario Marret

 

1956

La première expédition de l’Année géophysique internationale (AGI), dirigée par Robert Guillard, débarque le 2 janvier 1956 sur l’île des Pétrels. Cette TA 06 s’installe dans la base Marret, inoccupée depuis 3 ans. Deux semaines seront nécessaires pour décharger les 280 tonnes de matériaux et de vivres depuis le Norsel, navire norvégien au mouillage dans l’anse du Pré.

Opérationnelle en avril 1956, la station Dumont-d’Urville (DDU) est constituée de deux bâtiments préfabriqués métalliques type Fillod, sur la partie haute de l’île, qui rassemblent l’essentiel des équipements pour vivre et faire fonctionner la station. Ces structures permettent à la fois de prévenir du risque incendie et d’optimiser le temps de montage. L’île accueille aussi divers abris scientifiques.

Construction d’une des deux fillods en 1956. Photo : Fonds Yves Vallette

La présence à DDU sera alors continue avec des missions polaires tous les ans.