Aujourd’hui, pour nous cultiver sur la météo, je laisse la main à Frédéric Miens, climatologue et l’un de deux prévisionnistes météo de la TA76. Merci à Philippe Aliaga, chef de la station météo à DDU et lui aussi prévisionniste, pour sa relecture attentive.
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Dans l’imaginaire météorologique, le climat sur la base scientifique de DDU est caractérisé par de très basses températures et de fréquentes tempêtes de vent. Alors que les hivernants de la TA76 ont parfaitement apprécié la réalité du grand froid polaire, avec à ce jour, un nombre record de 18 journées présentant une température inférieure à -30°C, le précédent record, 15 occurrences, remontait à 1958, qu’en est-il du vent ? Combien de tempêtes, peut-être records, nos valeureux expéditionnaires ont-ils affronté cette année ?
En préambule, une petite devinette.
Peut-être seriez-vous curieux de connaître le vent maximal mesuré à DDU ? Nous vous proposons de consulter vos moteurs de recherche préférés ou tout autre ami, à intelligence… non naturelle.
Félicitations ! Vous avez déniché la valeur et la date du record de vent le plus fort mesuré sur la base scientifique française de Terre Adélie. Mais est-ce la bonne réponse ?
Avant de confirmer, ou pas, laissez-nous vous conter l’évolution du record de vent mesuré à DDU.
Avant 1981 : du passé faisons table rase
Les anémomètres utilisés avant cette date présentaient l’avantage de mesurer avec justesse les valeurs de vent que l’on rencontre le plus souvent au quotidien, mais se montraient moins performants pour les valeurs extrêmes, surestimant de façon systématique les très fortes rafales.
Avec l’avènement de nouveaux instruments de mesures, plus performants et disponibles depuis 1981, décision a été prise par Météo-France de ne plus exploiter les données antérieures et de définir officiellement l’année 1981 comme année de référence initiale pour établir et classer tous les records de vent mesurés sur l’ensemble de son réseau de stations météorologiques.
► Un record de vent est donc obligatoirement postérieur à 1981
Au regret de vous décevoir si votre réponse est le fameux épisode catabatique du 16 juin 1972 et sa rafale maximale estimée à plus de 300 km/h, même si cette valeur est régulièrement mentionnée dans les récits valorisant les plus légendaires de nos héros polaires.
A compter de juin 2026 : un changement de référence
Depuis le 16 juin 2026, Météo-France applique un nouvel indicateur : la rafale 3 secondes. Cette nouvelle référence est définie par la plus forte moyenne, calculée sur 3 secondes, des mesures instantanées et non plus, la plus forte des mesures instantanées.
Pour (tenter de) faire simple, précisons que précédemment la rafale maximale était la plus forte mesure instantanée, calculée toutes les 200 ms. Désormais, la rafale maximale est la plus forte valeur de la moyenne calculée avec les 15 mesures instantanées mesurées toutes les 3 secondes.
Pourquoi cette évolution ?
- Pour satisfaire une recommandation de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), adoptée et donc mise en œuvre par l’ensemble des services météorologiques nationaux des États membres des Nations unies, dont la France.
- Pour mieux caractériser les épisodes venteux susceptibles de dégâts majeurs. Chercheurs météo et spécialistes divers ont collaboré pour valider le constat qu’une rafale très violente mais très brève, moins d’une seconde, est moins impactante sur les infrastructures et sur le couvert végétal qu’une rafale légèrement moins forte mais perdurant plus longtemps, a minima 3 secondes.
Quelles conséquences pour les records de vent mesurés à DDU ?
Une étude statistique, basée sur l’ensemble des records de vent mesurés par Météo-France sur la totalité de ses sites, conclut qu’en appliquant cette nouvelle référence, les nouveaux records calculés (sur 3 secondes) sont environ 10 % inférieurs aux précédentes valeurs.
► Il faut donc oublier le record à 244,8 km/h mesuré à DDU le 23 mai 1988
Il est pertinent de préciser que deux configurations météorologiques sont à l’origine de vents très forts sur le littoral du continent Antarctique :
- Les vents catabatiques : soufflant les plus violentes rafales mais généralement de très courte durée. La rafale à 211 km/h mesurée en avril 2012, a été recalculée, en appliquant la référence 3 secondes, à 184,3 km/h, réduite donc d’environ 13%.
- Les zones de très basses pressions atmosphériques (dépressions barométriques) : circulant à proximité de DDU, elles génèrent des vents violents et plus constants que les catabatiques. Les records de vent de ce type de situation météorologique sont logiquement moins impactés par la réduction des rafales induites par la nouvelle norme. Par exemple, la tempête Marc, en juillet 2026, est à l’origine d’une rafale instantanée de 190,1 km/h et d’une rafale mesurée sur 3 secondes de 178,6 km/h, soit une réduction d’environ 6 % seulement.
Voici enfin la bonne réponse à notre devinette :
► Le record de vent à DDU est 214,9 km/h, mesuré le 23 mai 1988
Conclusion
Les appareils de mesure changent, les méthodes de calcul changent mais ce qui ne change pas c’est le ressenti sur place et le vent est bien un élément qui fait partie prenante de tout hivernage.