24 août 2026

Le vent à Dumont-d’Urville : mythe et réalité

Aujourd’hui, pour nous cultiver sur la météo, je laisse la main à Frédéric Miens, climatologue et l’un de deux prévisionnistes météo de la TA76. Merci à Philippe Aliaga, chef de la station météo à DDU et lui aussi prévisionniste, pour sa relecture attentive.

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Dans l’imaginaire météorologique, le climat sur la base scientifique de DDU est caractérisé par de très basses températures et de fréquentes tempêtes de vent. Alors que les hivernants de la TA76 ont parfaitement apprécié la réalité du grand froid polaire, avec à ce jour, un nombre record de 18 journées présentant une température inférieure à -30°C, le précédent record, 15 occurrences, remontait à 1958, qu’en est-il du vent ? Combien de tempêtes, peut-être records, nos valeureux expéditionnaires ont-ils affronté cette année ?

 

En préambule, une petite devinette.

Peut-être seriez-vous curieux de connaître le vent maximal mesuré à DDU ? Nous vous proposons de consulter vos moteurs de recherche préférés ou tout autre ami, à intelligence… non naturelle.

Félicitations ! Vous avez déniché la valeur et la date du record de vent le plus fort mesuré sur la base scientifique française de Terre Adélie. Mais est-ce la bonne réponse ?

Avant de confirmer, ou pas, laissez-nous vous conter l’évolution du record de vent mesuré à DDU.

 

Avant 1981 : du passé faisons table rase

Les anémomètres utilisés avant cette date présentaient l’avantage de mesurer avec justesse les valeurs de vent que l’on rencontre le plus souvent au quotidien, mais se montraient moins performants pour les valeurs extrêmes, surestimant de façon systématique les très fortes rafales.

Avec l’avènement de nouveaux instruments de mesures, plus performants et disponibles depuis 1981, décision a été prise par Météo-France de ne plus exploiter les données antérieures et de définir officiellement l’année 1981 comme année de référence initiale pour établir et classer tous les records de vent mesurés sur l’ensemble de son réseau de stations météorologiques.

Un record de vent est donc obligatoirement postérieur à 1981

Au regret de vous décevoir si votre réponse est le fameux épisode catabatique du 16 juin 1972 et sa rafale maximale estimée à plus de 300 km/h, même si cette valeur est régulièrement mentionnée dans les récits valorisant les plus légendaires de nos héros polaires.

 

A compter de juin 2026 : un changement de référence

Depuis le 16 juin 2026, Météo-France applique un nouvel indicateur : la rafale 3 secondes. Cette nouvelle référence est définie par la plus forte moyenne, calculée sur 3 secondes, des mesures instantanées et non plus, la plus forte des mesures instantanées.

Pour (tenter de) faire simple, précisons que précédemment la rafale maximale était la plus forte mesure instantanée, calculée toutes les 200 ms. Désormais, la rafale maximale est la plus forte valeur de la moyenne calculée avec les 15 mesures instantanées mesurées toutes les 3 secondes.

 

Pourquoi cette évolution ?

- Pour satisfaire une recommandation de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), adoptée et donc mise en œuvre par l’ensemble des services météorologiques nationaux des États membres des Nations unies, dont la France.

- Pour mieux caractériser les épisodes venteux susceptibles de dégâts majeurs. Chercheurs météo et spécialistes divers ont collaboré pour valider le constat qu’une rafale très violente mais très brève, moins d’une seconde, est moins impactante sur les infrastructures et sur le couvert végétal qu’une rafale légèrement moins forte mais perdurant plus longtemps, a minima 3 secondes.

 

Quelles conséquences pour les records de vent mesurés à DDU ?

Une étude statistique, basée sur l’ensemble des records de vent mesurés par Météo-France sur la totalité de ses sites, conclut qu’en appliquant cette nouvelle référence, les nouveaux records calculés (sur 3 secondes) sont environ 10 % inférieurs aux précédentes valeurs.

Il faut donc oublier le record à 244,8 km/h mesuré à DDU le 23 mai 1988

 

Il est pertinent de préciser que deux configurations météorologiques sont à l’origine de vents très forts sur le littoral du continent Antarctique :

- Les vents catabatiques : soufflant les plus violentes rafales mais généralement de très courte durée. La rafale à 211 km/h mesurée en avril 2012, a été recalculée, en appliquant la référence 3 secondes, à 184,3 km/h, réduite donc d’environ 13%.

- Les zones de très basses pressions atmosphériques (dépressions barométriques) : circulant à proximité de DDU, elles génèrent des vents violents et plus constants que les catabatiques. Les records de vent de ce type de situation météorologique sont logiquement moins impactés par la réduction des rafales induites par la nouvelle norme. Par exemple, la tempête Marc, en juillet 2026, est à l’origine d’une rafale instantanée de 190,1 km/h et d’une rafale mesurée sur 3 secondes de 178,6 km/h, soit une réduction d’environ 6 % seulement.

 

Voici enfin la bonne réponse à notre devinette :

Le record de vent à DDU est 214,9 km/h, mesuré le 23 mai 1988

 

 

Conclusion

Les appareils de mesure changent, les méthodes de calcul changent mais ce qui ne change pas c’est le ressenti sur place et le vent est bien un élément qui fait partie prenante de tout hivernage.

 

19 août 2026

Festival du Film de Groix

Du 19 au 23 août se tient la 25e édition du FIFIG, le Festival International du Film Insulaire de Groix. Ayant parmi nos hivernants un Groisillon et habitant nous-mêmes sur une île, bien que reliée au continent par la banquise, l’idée de participer à ce festival a assez vite fait consensus et Mathys, puisque c’est de lui dont il s’agit, a fait le lien entre les organisatrices du FIFIG et nous.

Ainsi, petite spécificité cette année pour marquer les 25 ans du festival, en plus des prix remis par le jury jeune et le public, un prix spécial sera remis par notre jury insulaire de l’autre bout du monde ! Notre équipe à DDU, grande amatrice de cinéma, visionnera les courts métrages de la compétition en parallèle des séances du FIFIG en cette fin de semaine et décernera son prix coup de cœur.

Les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) et l’Institut polaire français (IPEV) sont des partenaires institutionnels de ce festival cette année. Et le prix coup de cœur de DDU sera remis au lauréat samedi soir à Groix par la responsable de la communication de l’IPEV.

Pour plus d’informations sur le festival et sa programmation, voire y participer, n’hésitez pas à vous rendre sur leur site internet : https://www.filminsulaire.com/

Affiche de la 25e édition du Festival International du Film Insulaire de Groix

 

16 août 2026

WIFFA 2026

Le WIFFA, en anglais, c’est le Winter International Film Festival of Antarctica, autrement dit, le festival international hivernal du film de l’Antarctique (… et du subantarctique). Il se déroule tous les ans en août. Cette année est la 20e édition. Les stations antarctiques et subantarctiques sont invitées à produire deux courts métrages, pour chacune des deux sections du festival : l’Open et le 48 Heures.

L’Open est un défi ouvert, où chacun est libre d’imaginer un scénario. La production du film peut se faire en amont du festival. L’envoi se fait durant le week-end du WIFFA. Seuls éléments imposés : il doit faire moins de 10 minutes, être sous-titré en anglais et ne comporter (le cas échéant) que des musiques libres de droits.

Le 48 Heures est un autre challenge. Il doit faire moins de 5 minutes et comporter 5 éléments imposés, choisis par les vainqueurs de la précédente édition. Il s’agit d’un son, d’un objet, d’une citation célèbre, d’un personnage célèbre et d’une action. DDU ayant remporté deux prix l’an dernier (meilleur film et meilleure interprétation dans la section Open), les hivernants ont donc pu choisir l’action qui est imposée à tous cette année. Les 5 éléments ont été envoyés en début de week-end et 48 heures ont alors commencé pour produire le film :

  • Action : recevoir une lettre
  • Personnage : un magicien raté
  • Objet : une cuve à eau
  • Citation : « Ça pourrait être pire, il pourrait pleuvoir » (Frankenstein Junior)
  • Son : un animal sauvage antarctique (ex. manchot, phoque, orque, skua, etc.)

D’ici à la fin août, chaque station aura la possibilité de visionner ces films et de voter, sur le principe des votes à l’Eurovision, avec deux voix par station, ne votant pas pour leur propre prestation. Six prix récompensent, pour chacune des deux catégories (Open et 48H), le meilleur film, la meilleure interprétation, les meilleurs costumes et accessoires, la meilleure bande son, la meilleure photo, et la meilleure incorporation des 5 éléments (pour le 48H) ou le meilleur montage (pour l’Open).

Impliquée en nombre, la station DDU s’est mobilisée ce week-end pour les deux challenges. Etienne, mécanicien engins, Estelle, cheffe cuisine, et Ambroise, menuisier, ont donné l’impulsion pour la création du film de l’Open ; tandis que Mathilde, informaticienne, Léo, électricien, et Alexis, technicien météo, ont dirigé la production du court-métrage du 48 Heures.

Étienne Gentilhomme, mécanicien engins, Estelle Bouvot, cheffe cuisine, et Ambroise Pottier, menuisier
Photo : Nicolas Puvis (DISTA 76)

Alexis George, technicien météo, Mathilde Morel, informaticienne, et Léo Ragheboom, électricien
Photo : Nicolas Puvis (DISTA 76)

Les plus curieux pourront aller visiter le site internet en anglais du WIFFA (www.wiffa.aq) et retrouver les courts métrages des années précédentes. Quant à nous, nous posterons d’ici qq jours sur ce blog les vidéos que nous avons produites pour cette édition 2026 du WIFFA.

 

13 août 2026

Repas dans le noir

Où et quand, mieux qu’en Antarctique au cœur de la nuit polaire, tenter l’expérience d’un repas dans le noir complet ?

Repas dans le noir. Photo : Nicolas Puvis (DISTA 76)

Quentin, boulanger-pâtissier, et Clem, glaciologue, nous ont d’abord proposé un apéro gustatif, dans le noir, les yeux bandés. Un mélange de saveurs et de textures, des combinaisons improbables, un éveil des sens. Entre autres, nous avons eu droit à des chips au chocolat, de l’ananas au roquefort, des pépites de chocolat à la sauce soja, des fraises au fromage de chèvre, un shooter café-jus d’orange.

Mise en bouche gustative. Photo : Nicolas Puvis (DISTA 76)

La suite a été imaginée et produite par Estelle, cheffe cuisine, Quentin, et moi-même, Nicolas, chef de district. Munis de lampes frontales, tandis que les convives s’étaient bandé les yeux, nous avons servi à l’assiette le menu suivant :

  • Trio d’entrées : canelé salé aux légumes d’été et au pesto, tuile d’emmental aux graines de tournesol et de carvi, chou à la crème chantilly salée, magret de canard séché, compotée d’oignons et noix.
  • En plat principal, duo de thon mariné, l’un à la tahitienne et l’autre à l’asiatique, avec chausson de brocolis aux noisettes torréfiées.
  • En désert, une tartelette au chocolat à la fleur de sel et praline, une tartelette au citron meringuée et une bouchée constituée d’une meringue suisse, d’un gel au citron vert recouvert d’une meringue italienne.
Les assiettes servies lors du repas dans le noir. Photo : Nicolas Puvis (DISTA 76)

Malgré le surplus de travail, l’équipe de cuisine aime proposer, en semaine, des soirées et des menus qui cassent un peu la routine. Cette fois, l’idée était de surprendre les palais autant au niveau textures que saveurs et mélanges des goûts

Les hivernants ont joué le jeu et apprécié, tout en passant le dîner à tenter de deviner le menu. Pas simple dans le noir, mais il en ressort que chacun s’est davantage concentré sur ce qu’il/elle avait en bouche et retiendra sans doute plus longtemps le souvenir de cette soirée.

L’équipe de la soirée dans le noir (de g. à d.) : Clémence Ferrand, glaciologue, Estelle Bouvot, cheffe cuisine, 
Quentin Stéphan, boulanger-pâtissier, et Nicolas Puvis, chef de district. Photo : Alexis George (tech météo TA76)

 

10 août 2026

Photo du mois – Juillet 2026

La Photo du Mois de juillet a été remportée par Clément, responsable technique, également responsable de l’équipe pompiers. Il a capturé cet instant lors du dernier exercice pompiers, réalisé dans les conditions météo du moment, à savoir assez pourries ! Depuis mi-juillet, nous avons en effet essuyé cinq tempêtes et deux autres s’annoncent pour cette semaine.

Fort heureusement, le binôme de pompiers Mathilde & Mathys a le pied vaillant face au vent.

Formation de l’équipe pompiers. Photo : Clément Gouget (responsable technique TA76)