mercredi 18 mai 2022

Magie nocturne

L'Antarctique, c'est magique. Ce n'est pas nouveau mais c'est très souvent vérifié. Profitant de conditions idéales pas si facile que cela à réunir au cours d'un hivernage (un lendemain de pleine lune, pas de vent, un ciel clair, une température clémente de -12° et pas de houle), 14 hivernants ont pris à 21h le chemin de la banquise.

En raison des multiples dangers qui peuvent survenir, les déplacements sur la banquise sont très réglementés. Encore davantage la nuit. En l’occurrence, sous la responsabilité du Dista, dans un secteur très sécurisé, une dernière fois reconnu dans la journée et que tous les participants avaient déjà pratiqué, les expéditionnaires ont gouté à la magie du moment.

Bastien LERAY/Institut Polaire Français

1h45 de déambulation à pied ou à ski, sous la vouté étoilée et de poses photos sous l’œil expert de Bastien, au pied des bergs et entre les iles....

Bastien LERAY/Institut Polaire Français

La nuit modifie les perceptions. Le grand silence blanc qui nous enveloppe habituellement se fait encore plus envoutant. Aucun besoin de lumière artificielle, le clair de lune suffisait pour cette balade et si les photos traduisent un sentiment de grande clarté (du fait du temps de pose), la réalité lumineuse était toutefois un peu plus atténuée.

Bastien LERAY/Institut Polaire Français

L'occasion de réaffirmer notre identité de TA 72....

Bastien LERAY/Institut Polaire Français

 Un bon moment de cohésion entre hivernants et de communion avec notre environnement glaciaire, tout en ayant une pensée émue pour les sept camarades qui assuraient les astreintes sur la base (programme science, quart centrale, permanence radio et incendie/secours). Promis, si l'occasion se présente à nouveau, on remettra ça pour vous.

jeudi 12 mai 2022

Déception !

On y a cru ! L'euphorie était là. Le froid avait fait son œuvre, la banquise était formée. Un océan figé, endormi pour de longs mois, du blanc à perte de vue. Quelques belles sorties pédestres vers les iles de l'archipel et le continent la semaine dernière, du ski de fond pour les plus courageux, on a vécu vingt jours de bonheur. Celui de pouvoir à nouveau respirer hors de l'ile des pétrels. A nous les grands espaces et l'Aventure polaire. A nous les photos mythiques !

Adrien COLOMB/Météo France

Et patatras. La tempête "Lucie" est passée par là. Les 10 et 11 mai, avec des vents jusqu'à 168,5 km/h et surtout une très forte houle, la jolie banquise, notre terrain de jeu, s'est soudain évaporée. Ci-dessus le 9 mai, ci-dessous le 12 mai. Le bleu a repris ses droits.

Adrien COLOMB/Météo France

Le service météo l'avait bien annoncé et pourtant méthode Coué oblige, on se persuadait du contraire. Ci-dessous, l'ile du sagittaire le 6 mai où s'aventurent quelques valeureux explorateurs polaires.......

Emmanuel LINDEN/Météo France

....et la même le 12 mai 😭

Emmanuel LINDEN/Météo France

De tous les côtés de l’ile des pétrels, on pleure. Ici, l'anse du Lion le 6 mai.....

Emmanuel LINDEN/Météo France

......et la même anse du lion le 12 mai ci-dessous.

Emmanuel LINDEN/Météo France

Cette tempête a au moins fait des heureux : les manchots empereurs. Car désormais, ils n'ont plus à aller très loin pour rejoindre l'océan et partir se nourrir.

Coucher de soleil la semaine dernière sur le continent qui ne forme plus qu'un avec l'océan duquel n'émerge que les iles et les ilots.....

Emmanuel LINDEN/Météo France

...et réveil douloureux ce matin face à un océan....d'eau !

Emmanuel LINDEN/Météo France

Jeudi 12 mai, soleil couchant sur l'eau, il est 15h30. La photo aurait pu être magnifique....si le coeur y était mais il ne nous reste plus qu'à noyer notre chagrin en attendant...la reformation de la banquise. Bientôt !

Emmanuel LINDEN/Météo France

Tout ceci confirme une nouvelle fois le slogan adélien : En Antarctique, pas de pronostic !

L'activité scientifique à DDU (1ère partie)

Comme promis, le premier article d'une série de trois sur les activités scientifiques à DDU. 

Les deux principaux documents internationaux qui régissent le statut de l'Antarctique, à savoir le "traité de Washington" de décembre 1959 et le protocole de Madrid" d'octobre 1991, destinent (du moins pour le moment) le continent Antarctique "à la paix et à la science".

Modestement, nous sommes donc tous là, quelles que soient nos fonctions, pour, in fine, servir la Science. Normal donc que le blog y consacre un peu de temps.

Les recherches scientifiques réalisées à DDU sont très diverses et couvrent de nombreux domaines d'activités. Certaines sur le terrain sont saisonnières limitées à la seule campagne d'été (géologie ou biologie marine par exemple) et se poursuivent le reste de l'année en laboratoire, quitte à effectuer plusieurs campagnes d'été successives. D'autres recherches nécessitent un travail constant à DDU, d'où la présence d'un hivernant pour la bonne conduite du programme.

Schématiquement, les projets de recherches sont présentés par un ou plusieurs laboratoires français et/ou étrangers puis font l'objet en commission ad hoc d'un examen de nature scientifique, logistique et financier. Seuls une partie d’entre eux est retenue et ils seront alors mis en œuvre par l'Institut Polaire Français, agence de moyens au service de la Science.

Pour ce premier article, nous nous intéressons aux domaines de recherches scientifiques à travers l'activité d'un de nos trois scientifiques hivernant, Iban.

Céline DUPIN/TAAF

Durant son hivernage, Iban suit, seul ou en appui de co-hivernants, une dizaine de programmes scientifiques qui nécessitent une continuité d'action. 

Le premier est un programme de sismologie

Piloté par un laboratoire de recherche de Strasbourg, ce programme qui fait partie d'un réseau mondial de stations de captage, étudie la tectonique des plaques du globe terrestre. A l'aide de deux sismographes enterrés dans une cavité de l'ile des pétrels (baptisée "cave sismo"), Iban analyse quotidiennement et transmet au laboratoire, les mouvements de l’écorce terrestre captés par les appareils. Cela contribue par exemple, à déterminer l'épicentre d'un tremblement de terre. La sensibilité est telle qu'un tremblement de terre au Japon ou en Norvège est aussi enregistré à DDU. En complément, la station de DDU participe également en temps réel, aux alertes tsunamis émises dans le monde entier.

Les sismographes sous cloches dans la cave sismo - Emmanuel LINDEN/Météo France

Un sismographe à l'ancienne - Source internet

Second programme, l'observation du magnétisme terrestre

Toujours sous la responsabilité d'un laboratoire strasbourgeois de "l'Ecole et Observatoire des Sciences de la Terre" (EOST), ce programme, également intégré à un réseau mondial, vise à suivre et définir les évolutions du magnétisme terrestre et notamment la fameuse déclinaison magnétique qui fait tant transpirer les élèves des cours de topographie. Utile en navigation (terrestre, maritime et arienne, en complément des sytèmes "GPS"), mais aussi pour le suivi du phénomène des aurores polaires, ce programme nécessite des mesures quotidiennes à DDU à partir d'un instrument dénommé "théodolite", au sein de ce qu'on appelle le "village magnétique". Une zone interdite dans laquelle il faut se dévêtir de tous ses métaux.

En pleine mesure sur un théodolite - Paul Michaud/Institut Polaire Français
  
Le village magnétique - Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Troisième programme de recherche : l'astronomie avec l'observation de l'activité solaire, en détectant les rayons cosmiques émis par le soleil.

Projet de recherche de l'Observatoire de Meudon (un des trois sites de l'Observatoire de Paris), ce programme permet par exemple de mesurer les radiations subies par les satellites et les avions dues à l'activité solaire (et donc d'en protéger notamment les personnes et les composants électroniques), mais aussi l'observation et l'étude des aurores polaires. L'outil scientifique de capture et d'analyse s'appelle un Rayco (pour RAYonnement COsmique).

Le Rayco - Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Quatrième programme : L'observation terrestre au travers du suivi et la maintenance préventive comme curative d'un équipement du Centre National des Etudes Spatiales (CNES) qui permet la mise à l'heure très précise (de l'ordre du millième de seconde) des satellites d'observation du Centre. Bien évidement, les données sont transmises en temps réel aux satellites. C'est le shelter "Chantal" qui abrite les appareils informatiques et électroniques nécessaires. 

Le shelter "Chantal" qui abrite également les appareils de mesure d'un cinquième programme de géologie de suivi des mouvements des plaques continentales, visant à étudier, pour le compte de l'Institut Géographique National (IGN), la dérive du continent Antarctique.

Paul Michaud/Institut Polaire Français

Et que personne ne demande pourquoi le shelter est baptisé "Chantal", je serai muet comme une carpe, sur le sujet. C'est du CTA (Confidentiel Terre Adélie). Mais j'aurais bien aimé la connaitre.....👍😉

Le sixième programme dont Iban à la charge, concerne le domaine de la marégraphie

L'objectif de ce programme rattaché à l'observatoire Midi-Pyrénées de Toulouse, est de suivre sur une très longue durée de plusieurs décennies, l'évolution du niveau de la mer dans l'océan austral (dans le cadre par exemple du phénomène de montée des eaux dûe au réchauffement climatique). Pour cela, au travers d'un réseau mondial de stations de captage, deux marégraphes ont été immergés à proximité de DDU. Ils collectent les données liées aux marées. Couplés à des GPS installés à terre, les mesures des variations du niveau de la mer sont ensuite analysées en laboratoire.

 

Un marégraphe lesté et immergé à DDU - Source inconnue

Un marégraphe - Iban Fernandez/Institut Polaire Français

En matière de sismologie glaciaire, un septième programme vise le suivi du glacier de l'Astrolabe (le plus proche de la station). L'activité consiste à maintenir en condition puis collecter les données d'un réseau de stations sismiques installées dans le glacier afin d'en comprendre les vibrations, les tremblements et le comportement. Les informations recueillies sur le terrain (lorsque la banquise permet d'y aller) sont également transmises à l'Ecole de Strasbourg pour analyses.

Balise sismique et son panneau solaire - Source inconnue

 

Iban Fernardez/Institut Polaire Français

Le huitième programme s'inscrit dans le domaine de la météorologie.

A base d'instruments déployés dans et autour de la station DDU (pluviomètre, laser, anémomètre, capteur de luminosité...), cette recherche scientifique, pilotée par l'Institut universitaire Pierre-Simon Laplace hébergé sur le site de l'université de Paris VI (Jussieu), vise à perfectionner les modèles climatiques utilisés par Météo France notamment, pour l'établissement des prévisions météorologiques dans la zone Antarctique et l'analyse des masses de neige sur la calotte glaciaire.

Le radom météo-science - Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Enfin, compte tenu de ses compétences et formations, l'électronicien Iban apporte son soutien technique à deux autres programmes scientifiques en rapport avec les oiseaux (dont nous aurons l'occasion de parler dans un second volet). 

Valises techniques pour programmes scientifiques - Iban Fernadez/Institut Polaire Français

Voilà quelques exemples de domaines dans lesquels des programmes de recherches scientifiques sont conduits à DDU sous l'égide de l'Institut Polaire Français et qui justifient en particulier l'existence de la base polaire française Dumont d'Urville et notre présence en terre Adélie.

(article réalisé avec l'aimable concours technique d'Iban) 

 

mardi 10 mai 2022

Les charentaises

Ce pourrait être l'Emblème de la base Dumont d'Urville : la charentaise française. Car c'est la star incontestée, mise en place par l'employeur, dont sont dotés tous les hivernants et même les campagnards d'été. 

Deux paires pour chacun dans le paquetage de l'arrivant. Entre les gants grands froids et la veste polaire, cet attribut trouve toute sa place et son utilité.

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

De fabrication française, produite par l'entreprise Rondineau-Jeva, implantée à Rivières en Charentes (16), ces chaussons représentent une partie de la gamme du fabricant. "Fournisseur officiel des expéditions polaires françaises"......! Rien que ça, ça en jette un peu quand même !

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Les conditions extérieures très défavorables et le souci de ne pas dégrader les sols ni de salir constamment les locaux intérieurs, ont conduit à l'adoption de ces pantoufles de qualité. 

On vit donc en intérieur en charentaises. On travaille en charentaises (finalement, c'est presque comme vous en télétravail), les pieds au chaud sous le bureau comme Paul l'informaticien......

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

 ....ou sur le bureau comme Jean Philippe le Dista (n'allez quand même pas croire que ça bulle en permanence, c'était juste pour la photo😁).

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

 A l’entrée des principaux bâtiments, dans le sas, on trouve donc des casiers à chaussures (ici celui du dortoir) dans lesquels s'opèrent les changements d'équipements intérieur/extérieur. 


Jean-Philippe GUERIN/TAAF
 

Non seulement on travaille, mais on vit aussi en charentaises, on mange en charentaises, on fait un billard en charentaises...... Comme ici durant le service base à la plonge, en version classique........

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

 ...ou en version plus rebelle avec la languette rabattue pour mettre en évidence les chaussettes.

Si en arrivant, la charentaise de "grand-papa" fait un peu sourire tout le monde, l'habitude se prend très vite au point de ne plus pouvoir s'en passer.

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Ah oui, une précision : j'ai dit "star incontestée" ? Non, pas tout à fait. L’honnêteté me conduit à moduler mon propos, il faut quand même signaler quelques réfractaires. Cherchez l'intrus ci-dessous....

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Version néanmoins customisée pour se fondre dans la norme locale, tout en affirmant sa différence....."The touch of class", assurément un truc de fille.....

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Pour le fun, la version surfeur (on a tant parlé en janvier dernier de la plage de DDU que certains s'y sont crus).....

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

ou encore la version allemande (avec l'accent) avec la fameuse sandale Birkenstock.

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Si au final tout ça est très logique, ce n'est toutefois pas banal. Vivre et travailler en charentaises n'est assurément la seule des surprises de ce sixième continent. Ça valait bien un petit clin d’œil en ce jour de tempête "Lucie" où l'on reste tous bien au chaud.....dans nos charentaises.

lundi 9 mai 2022

Commémoration du 8 mai

A Dumont d'Urville, comme au sein des 35051 communes métropolitaines et ultramarines, sans compter les représentations françaises à l'étranger, la cérémonie de commémoration du 77ème anniversaire du 8 mai 1945 s'est déroulée dimanche dernier.

C'est par un beau ciel bleu sans nuage mais un temps glacial de -21° (-33° de ressenti à cause du vent) que 14 personnels des TAAF, de l'IPEV et de Météo France se sont rassemblés à 11h30 au pied du mat des couleurs.

Emmanuel LINDEN/Météo France

Les couleurs étant levées (le vent le permettait, au delà de 30Kt, le mat des couleurs est couché), le Dista a lu le message officiel de Mme Geneviève DARRIEUSSECQ, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées chargée de la mémoire et des anciens combattants.

Jean Philippe GUERIN/TAAF

Les hivernants présents ont écouté dans le froid.......

Jean Philippe GUERIN/TAAF

Puis une minute de silence (d'une durée adaptée aux circonstances) a permis à chacun de se souvenir des sacrifices consentis par nos ainés...

Emmanuel LINDEN/Météo France

...avant que la Marseillaise chantée par les personnels présents, ne retentisse sur la base et ne clôture cette cérémonie.

Emmanuel LINDEN/Météo France

Un vin d'honneur au séjour préparé par le cuisinier a favorisé le réchauffement des corps et des esprits.

mardi 3 mai 2022

L'étude de l'humain et les programmes biomédicaux

En complément de tous les programmes scientifiques qui y sont menés (et sur lesquels je reviendrai prochainement), la base Dumont d'Urville est aussi un laboratoire du vivant où l'on observe l’humain et ses comportements. 

Nous avons ainsi accueilli durant quelques semaines lors de la campagne d'été, une anthropologue de l'Université de Tours, Isabelle, spécialiste des micro-sociétés en milieux isolés. Elle s'est intéressé à la manière dont se construit, vit, s'organise et se dissout la micro-société constituée par les campagnards d'été et les hivernants, non seulement lors de leur séjour mais aussi durant plusieurs mois à l'issue du passage en terre Adélie. Résultats dans deux années.

Dans le domaine de l’étude des humains, depuis cette année à DDU, les programmes biomédicaux menés lors de l'hivernage  prennent une place nouvelle. En synthèse, il s'agit d'étudier, au travers de quatre programmes distincts, l'évolution des corps et des sens, dans le contexte d'un milieu difficile, stressant et inhabituel (froid, obscurité, isolement durable).

Sur la base, c'est Céline la doc qui est en charge des opérations biomédicales et ce sont les hivernants volontaires qui servent de "cobayes" pour la science, n'est-ce pas Manu ?

Céline DUPIN/TAAF

Trois programmes, deux belges (de l'Université Libre de Belgique et de la Royal Military Academy) et un d'une unité de l'INSERM de Grenoble, étudient le sommeil, les troubles du sommeil, les fonctions cardiaques et artérielles associées, en lien avec le milieu polaire.

L'un des outils de base pour ces programmes est la polysomnographie. A quatre reprises durant le séjour, bardés de pas moins de 20 capteurs répartis sur tout le corps, les "cobayes" vont passer (ou tenter de passer) une nuit de sommeil au cours de laquelle la qualité de leur sommeil et leurs fonctions vitales vont être enregistrées en vue d'une analyse ultérieure en laboratoire. N'est-ce pas qu’elle a l'air heureuse de contribuer à faire avancer la science Lucie ?

Céline DUPIN/TAAF

A ces quatre polysomnographies annuelles, se rajoutent selon les programmes, des analyses mensuelles ou bimestrielles, à base de questionnaires et d'appareillages nocturnes plus légers. Ici un tensiomètre automatique qui pendant 24h, va enregistrer tous les 1/4h en journée, toutes les 1/2h la nuit, la pression artérielle....Essaye de dormir avec ça, faut être sacrément fatigué....!

Céline DUPIN/TAAF

Quelles sont les influences de l'obscurité, de l'isolement et du froid sur notre sommeil ? Comment le rythme cardiaque, la pression artérielle, la saturation en oxygène du sang évoluent-ils dans ce contexte ? Les études menées depuis cette année à DDU, rejoignent celles similaires conduites sur la base franco-italienne de Concordia depuis plusieurs années par l’Agence Spatiale Européenne (ESA). Située à 3200 mètres d'altitude, encore plus près du pôle sud, donc avec encore moins de luminosité et plus de froid, Concordia ajoute aux expériences précédentes les effets de l'hypoxie. DDU au niveau de la mer sert donc de population de référence pour comparer les différences dues notamment aux effets de l'altitude et donc du manque d'oxygène.

Céline DUPIN/TAAF

 Le quatrième programme vise à évaluer les sens et leurs évolutions dans le temps, dans un milieu de privations sensorielles. Piloté par le laboratoire de recherche du Service de Santé des Armées, ce programme consiste trois fois par an à tester les sens de nos hivernants volontaires. Ci-dessus, Zoé teste son odorat (64 flacons pour 16 odeurs différentes). Ci-dessous, elle teste son goût (18 saveurs différentes). Manifestement, elle n'aime pas celui-ci......

Céline DUPIN/TAAF

 Tous ces programmes ont une application destinée principalement à la recherche spatiale. Les bases antarctiques ont en effet des conditions de vie relativement proches des milieux spatiaux (isolement, manque d’oxygène, conditions extérieures extrêmes, privations, huis clos.....). Analyser et suivre les populations qui y séjournent, aide à faire progresser la connaissance pour de futures missions de longue durée (base lunaire et voyage vers Mars).

Lucie en plein test d'audition.

Céline DUPIN/TAAF

 Dernier test enfin, celui relatif à la vue et en particulier la fonction "accommodation". Ah, le bonheur écho de l'amour.....Tout un programme !

Céline DUPIN/TAAF

Il ne manque plus que psychologues et psychiatres pour analyser in situ les comportements humains sur une base polaire. Car si tous les hivernants sont passés dans les mains des psychologues au cours de leur sélection, ces derniers n'ont pas recherché la compatibilité des profils les uns par rapport aux autres comme on peut le faire pour un équipage spatial. Ce qui a été étudié, ce sont les potentielles fragilités rendant l'individu incompatible avec les contraintes d'un hivernage.

De nouvelles pistes de travail pour de futures expériences de biomédecine.

vendredi 29 avril 2022

Le service base

A DDU, seule la chambre individuelle en hivernage est un espace privé. Tout le reste, relève de la collectivité. Or, la vie en collectivité nécessite une organisation pour les taches du quotidien, chacun ayant une définition toute personnelle pour ce qui concerne la propreté et le rangement.....Il y a donc un point moyen à trouver entre "l'hyper maniaque" et le "je m'en foutiste" total.....C'est ce qui constitue le bien vivre ensemble. 

En terre Adélie, c'est le chef de district qui réglemente et organise cette vie collective. Un listing des taches quotidiennes et hebdomadaires a donc été établi, répertoriant dans le détail toutes les nécessités.

On l'appelle le Service Base (SB, les plus joueurs parlant de service de base).....

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Un zoom sur le début de semaine. En parallèle des taches, un planning mensuel comprenant 19 des 21 hivernants (le cuisinier et la boulangère en sont dispensés) répartit les tours de service à raison d'un binôme/jour.

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Ce binôme quotidien de SB a trois grandes fonctions : 1/ Quotidiennement, nettoyer les sanitaires du séjour et du dortoir ; 2/ Quotidiennement, mettre le couvert, réaliser le service du repas et effectuer la plonge ; 3/ Selon une fréquence définie, nettoyer les sols, les réfrigérateurs, le bar, les placards......

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Pour aider "l'étourdi", des "check list" ont été mises en place. Ici, celle relative au couvert, pour dresser correctement la table et ne rien omettre.....

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Le service à table (grande tradition antarctique, il n'y a pas de self) est parfois assumé avec.......panache et grande originalité, n'est-ce pas Jérôme ? (et oui c'est un docteur du Muséum National d'Histoire Naturelle).

Audrey A./Marine Nationale

Puis vient le temps du nettoyage. Bienveillance oblige, presque un état d'esprit à DDU, des copains (ce jour-là Laurent le gérant postal et Étienne le lidariste) donnent un coup de main au binôme de service.

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

On s'active à la plonge : Paul l'informaticien vide les assiettes dans le broyeur, tandis que Jimmy l'ornithologue prélave, le tout sous le regard du "maestro" du service de base Gaëtan le chef centrale, qui comme tous les jours, vient participer à l’œuvre collective.

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Manu le météorologue, la main sur la poignée, attend la fin du cycle de la plonge tandis que Bastien le plombier, torchon à la main, est dans les "startings blocks" pour la sortie des couverts. A ce propos, on l’apprécie notre machine, parce que pendant deux jours elle était HS et là......on a beaucoup moins apprécié....(un seul être vous manque.....).

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Comme il a l'air heureux d'être là Camille notre radio. Fin de séchage et rangement. Un vrai travail collectif et à la chaine. Le tout dans la joie et la bonne humeur.

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Ah oui, j'allais oublier, pour les étourdis, il y a toujours le pense bête......

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Après le repas, les sanitaires (vous avez noté, je fais dans l'ordre d'apparition... !). Comme ils sont collectifs à DDU, on ne joue pas, c'est donc une tache quotidienne. Ce jour-là, c'est Vianney le second de la centrale, qui s'y colle.

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Hygiène, hygiène quand tu nous tiens......Un dévouement au collectif. Non Nicolas et Zoé, la photo n'a pas été prise lors d'une fin de soirée arrosée.....mais bien lors d'un SB 😂. Parole d'agent assermenté !

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Enfin, troisième volet de la saga, on termine par le ménage. Ce jour-là, un vendredi, c'est nettoyage des couloirs du dortoir. C'est toujours Manu le météorologue qui s'y attelle (décidément il est partout cet homme là, quel dévouement à la collectivité). Oui Marie, ceci est un aspirateur.....😜

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Puis on finit au balai "swiffer", le parquet supportant très mal les grandes eaux. Petite remarque mais qui a son importance, on fait très attention à ne pas faire de bruit au dortoir, il y a en a qui dorment le jour (et pas que le dimanche matin)....

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Là aussi, pour les débutants dans le ménage, il y a la "check list" qui va bien car la formation est continue.

Jean-Philippe GUERIN/TAAF

Que retenir au final de tout ça ? Le service base est un engagement pour la collectivité. Le don d'un moment de soi pour permettre à tous "le bien vivre". Un acte de citoyen adélien, un moment dédié aux autres. Allez, soyons honnêtes, ce n'est pas si mal que ça.