Cette année, nous célébrons le 70e
anniversaire de la station Dumont-d’Urville. L’occasion d’un coup d’œil dans le
rétroviseur pour se remémorer les dates marquantes de la présence française en
Terre Adélie. Dans un premier article, il s’agissait de la période entre la
prise de possession de la Terre Adélie et le tout début de la station Dumont-d’Urville
(DDU). Dans ce second article, nous retraçons l’histoire de DDU de 1956 à nos
jours.
Années 1950
Portée par la communauté
scientifique internationale, l’Année géophysique internationale (AGI) 1957-1958
met en œuvre des moyens sans précédent pour étudier le continent. 48 nouvelles
bases scientifiques sont implantées en Antarctique et autour afin d’étudier les
propriétés physiques de la planète durant le nouveau pic d’activité solaire.
A cette occasion, trois
expéditions sont menées par la France : celle de 1956 consacrée à
l’installation des bases et la poursuite des observations sur les manchots
empereurs ; celles de 1957 et 1958 pour les expérimentations en sciences de
la Terre (météorologie, magnétisme terrestre, sismologie, ionosphère, étude des
aurores polaires, glaciologie…), réparties entre les stations DDU et Charcot, à
320 km à l’intérieur du continent.
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| Le premier bâtiment principal
au sommet de l'île des Pétrels, construit en 1956 pour l'AGI. Photo :
Jacques Masson |
En 1959, le Traité sur
l’Antarctique est adopté sous l’impulsion des 12 pays contributeurs à l’AGI. Il
reconnaît qu’il est « de l’intérêt de l’humanité tout entière que l’Antarctique
soit à jamais réservée aux seules activités pacifiques et ne devienne ni le
théâtre ni l’enjeu de différends internationaux ». Il sera complété en
1991 par le Protocole de Madrid relatif à la protection de l'environnement,
convenant de « désigner l’Antarctique comme réserve naturelle,
consacrée à la paix et à la science ».
Années 1960
A la fin de l’AGI, il est décidé
de maintenir une activité scientifique permanente à DDU. La modernisation de la
station, initialement conçue pour 20 personnes sur 3 ans, passe par la
définition en 1962 d’un plan directeur d’aménagement, exposant divers principes
comme : distinguer deux zones d’occupation (hivernale et estivale) ; isoler
chaque bâtiment d’hivernage tout en les reliant par des couloirs ou des passerelles ;
rassembler dans la zone estivale les installations liées à la logistique de
ravitaillement…
La majorité des infrastructures
actuelles émergent entre les années 1960 et 1980. Spécialement conçus pour DDU
dans les années 1960, les bâtiments préfabriqués métalliques type Spair (dortoir
hiver, séjour…) sont placés sur des radiers afin de s’affranchir de la
topographie du site et atténuer l’impact des congères.
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La base haute de DDU
en 1965, avec les bâtiments du garage (à gauche), de la centrale (à droite) et du
bureau technique (au fond) toujours debout de nos jours. Photo : Robert
Guillard |
C’est à partir du début des
années 1960 que Christiane Gillet, la première femme à séjourner en Terre
Adélie, va faire des campagnes d’été régulièrement, en tant qu’ingénieure en
chef des Expéditions polaires françaises (EPF).
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| Christiane Gillet aux
commandes d'un Weasel de chantier en 1963. Photo : René Merle |
En 1964, la nouvelle centrale est
construite afin de répondre aux besoins énergétiques grandissants. D’autres
fillods sont aussi installées, au détriment des deux d’origine, aujourd’hui démantelées.
En 1967, le « bouilleur » est
spécialement développé par les Expéditions polaires françaises (EPF) pour
obtenir de l’eau potable en continu, à partir de l’eau de mer. Celle-ci est
distillée en utilisant la chaleur issue des circuits de refroidissement des
moteurs de la nouvelle centrale électrique.
Durant l’été 1966-1967, le CNES
et le GRI organisent le lancement depuis le hangar Fusée de trois fusées-sondes
Dragon, pouvant atteindre 350 km d’altitude, afin de mesurer le flux et la
densité de particules atteignant la magnétosphère.
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| Lancement d’une
fusée-sonde en 1967, avec le glacier de l’Astrolabe en arrière-plan.
Photo : Jean-Clair Loison |
Années 1970
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| Vue aérienne de DDU
en 1972. Photo : Christiane Gillet |
Années 1980
Dès 1973, un projet de création
d’une piste d’atterrissage est amorcé par Paul-Émile Victor, puis accepté par
le Gouvernement en 1982. Il nécessite l’arasement des îlots du Cuvier, du Lion et
Buffon. Finalisé en 1993, l’ouvrage est endommagé en 1994 par une forte tempête,
le rendant inutilisable. Il sert aujourd’hui de zone de déchargement et
stockage.
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| Travaux en cours sur
la piste du Lion en 1988 (auteur inconnu) |
Années 1990
Signé à Madrid en 1991, suite à
une initiative franco-australienne, le Protocole au Traité sur l’Antarctique
relatif à la protection de l’environnement renforce l’encadrement des activités
humaines mises en œuvre au sud du 60e parallèle sud (tous domaines
confondus), au profit de la préservation de l’environnent naturel et physique.
En 1992, l’Institut français pour
la recherche et la technologie polaires (IFRTP), devenu l’Institut polaire
français Paul-Émile Victor (IPEV) en 2002, est créé afin de poursuivre le rôle
des EPF pour l’accompagnement de la recherche polaire.
Longtemps surnommée « Prudhomme »
du fait de sa localisation sur le cap André Prudhomme (ingénieur de la Météorologie
nationale, disparu dans le blizzard le 8 janvier 1959), cette station assure la
préparation des raids, ces convois de ravitaillement vers la station
continentale franco-italienne Concordia, à plus de 1100 km de DDU, depuis 1997.
En 2016, elle est renommée Robert-Guillard en hommage à l’un des artisans de la
construction de DDU et membre de longue date des EPF (de 1947 à 1984).
Années 2000
La TA 50, cinquantième mission en
Terre Adélie, est marquée par l’hivernage des deux premières femmes à DDU :
Pascale Jani (technicienne météo – civil) et Jocelyne Le Bret (responsable
télécommunications – militaire).
En 2006, la Dr Ariane Richasse
est nommée DISTA de la TA 56, première femme à ce poste, et était en même temps
médecin cheffe de la station (également une première pour une femme).
Depuis 2000, la quasi-totalité des
bâtiments a été bardée par l’extérieur et a reçu une sur-toiture pour lutter contre
les infiltrations d’eau (fonte de neige et glace) et pour protéger les matériaux
de construction d’origine abîmés par l’effet de sablage des cristaux de glace
projetés par les vents puissants.
2017
Mis en service en 2017, le brise-glace
et patrouilleur L’Astrolabe P800 est issu d’un partenariat entre les
Terres australes et antarctiques françaises, l’Institut polaire français et la
Marine nationale. Il assure une mission de soutien à la logistique Antarctique pendant
toute la campagne d’été, en effectuant 4 à 5 rotations entre Hobart en Tasmanie et DDU.
Avant qu’elle ne se dote du
prédécesseur de L’Astrolabe en 1988 (lui aussi baptisé L’Astrolabe),
la France a longtemps emprunté des navires norvégiens ou danois pour la
logistique des expéditions en Terre Adélie. En 1988, elle décide de se doter de
son propre brise-glace L’Astrolabe, en hommage aux bâtiments de La
Pérouse et Dumont d’Urville.
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| L’Astrolabe en
Terre Adélie. Photo : TAAF |