16 janvier 2017

Photo du jour : le hall fusées

Le hall fusées, de la base Dumont d'Urville, au bord d'un petit lac créé par la fonte de la neige...

Crédit photo : Serge FUSTER

15 janvier 2017

L'Antarctique : "Hibernage" dans le Grand Sud (2/5)

Deuxième volet d'une série de cinq textes de Didier Schmitt parus ou à paraître dans le quotidien "La Tribune". (cf. première partie ICI)

Base Concordia - Crédit photo : Didier SCHMITT

Les opinions exprimées dans l'article ci-dessous sont uniquement celles de l'auteur.


L'Antarctique : "Hibernage" dans le Grand Sud (2/5)

« Maintenant que la banquise a reculé, la base de Dumont d'Urville apparaît isolée sur un 'caillou': l'île des Pétrels. Ce sont les quartiers provisoires pour les estivants, mais pour les hivernants ce sera bientôt l'unique lieu de vie pour l'année à venir. Le confinement et l'isolement se feront vraiment ressentir quand l'Astrolabe quittera définitivement le quai début mars pour ne revenir au mieux que début novembre. Seule la présence des manchots servira d'échappatoire à la monotonie. 'La Marche de l'empereur' a d'ailleurs été tournée à quelques encablures. »
Collecter des informations scientifiques est capital dans une zone d'observation très singulière qui est aussi vaste que la Chine, la Mongolie et l'Inde réunies. Encore faut-il en avoir les moyens, et surtout le savoir-faire, afin de survivre dans un environnement des plus hostiles. Un cercle très restreint d'experts - dont on parle peu - maintient une présence permanente dans cette zone subantarctique et antarctique.

Drapeau tricolore sur le continent blanc
Très tôt la France a relevé ce défi, en devenant un des piliers de l'exploration de ce bout du monde. Parmi la trentaine de pays qui ont un « pied-à-terre » sur le sixième continent, seul 20 y ont une présence ininterrompue. La station française de Dumont D'Urville, qui fête ses 60 ans cette année, se trouve à 2.700 km des côtes australiennes. Pendant l'hiver austral, aucun avion ne peut s'y poser et l'accès maritime est condamné par une épaisse banquise. Cette base a des cousines plus ou moins éloignées, comme sur les Iles Kerguelen - dont la plus étendue est aussi grande que la Corse, l'archipel Crozet qui abrite plus de 25 millions d'oiseaux et l'île Amsterdam, la petite Riviera où il ne gèle pas. Sa demi-sœur est une Franco-Italienne du nom de Concordia. Située à 1.100 km à l'intérieur des glaces sur un plateau à plus de 3.200 m d'altitude, c'est la plus rude de la famille. Au total, il y a environ 400 personnes présentes entre chaque relève sur ces districts qui sont administrés par les TAAF (Terres australes et antarctiques françaises).
Ces bases peuvent aussi avoir d'autres fonctions, telle celle de Kerguelen, qui peut accueillir des bateaux de pêche en détresse ou la base 'DDU', qui est le pivot de la chaîne logistique qui part de l'hexagone par avion, puis par bateau en partance de Tasmanie, et finalement par les raids tractés vers Concordia.

Une expérience humaine hors norme
Le premier hivernage a débuté en 1952, date de naissance de certains vétérans - ou plutôt invétérés - de ces lieux. Coupées du monde environ neuf mois sur douze, toutes ces stations ont comme fonction première d'abriter les scientifiques dans les meilleures conditions malgré des situations géographiques très particulières. À DDU, une soixantaine de chercheurs et de personnels techniques s'agitent comme dans une ruche durant les quatre mois d'accessibilité. Ils remettent à flot les infrastructures et les équipements scientifiques, et rapatrient les nombreux prélèvements d'échantillons scientifiques. Environ vingt-cinq d'entre eux y resteront jusqu'à la relève... l'année suivante. Ils vont former une mini-communauté autonome et polyvalente. Le médecin par exemple (qui va rester 15 mois sur place) doit non seulement faire office de dentiste, mais aussi de radiologue, de laborantin, voire d'anesthésiste et de chirurgien le cas échéant, et aussi de psychologue.

Subsister
La vie en autarcie et la promiscuité demandent une santé irréprochable et donc une sélection médico-psychologique stricte. Les aléas sont nombreux et les évacuations sanitaires très limitées sur les îles australes et impossibles en hiver à DDU et à Concordia. Outre les compétences scientifiques, il faut une quinzaine de corps de métiers (mécanicien, électricien, chauffagiste, cuisinier...) sans lesquels une base ne peut fonctionner. Installations restreintes pour les habitations, ateliers et laboratoires et une empreinte minimale du point de vue environnemental : un contraste intéressant avec nos vies occidentales faites de surplus.
Le dos rond
L'ère n'est plus au morse pour les communications, mais la 4G n'a pas encore fait son apparition pour autant. Facetime, snapchat et autres . sociaux sont donc limités. Il faut faire avec. Et tant mieux peut-être, car l'un des intérêts de ce type d'expérience est bien la vie en communauté. Les journées vont bientôt raccourcir, de 1h30 par semaine! Une fois la campagne d'été terminée et en attendant le prochain ravitaillement et la rotation des équipages, il va falloir trouver ses marques. La déprime est à l'affût, sans exception. Le seul bol d'air viendra lors de la grande fête du "Mid-Winter", une sorte de laisser-aller qui correspond au milieu de l'hiver, le 21 juin. À partir de là la pente remontera doucement, au rythme du soleil qui aura tant manqué.


Article publié sur : 
http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/l-antarctique-hibernage-dans-le-grand-sud-2-5-626777.html

Retrouvez Didier Schmitt sur ses Blogs :
http://blogs.esa.int/concordia/category/didier-schmitt/
http://sciencebusiness.net/news/80038/My-journey-to-the-bottom-of-the-world

Twitter : @didier_schmitt



Prochain article à paraître: Mad Max dans le désert de l'Antarctique (3/5)



14 janvier 2017

R2 : c'est parti !

C'est par un temps clair et dégagé que les premiers vols d'hélicoptère en provenance de l'Astrolabe sont arrivés sur la base Dumont d'Urville, ce vendredi 13 au matin.
Crédit photo : Serge FUSTER
La dépêche postale, 29 sacs au total, a été débarquée en premier.
Crédit photo : Serge FUSTER
Paul LAFÔRET, le médecin chef des TAAF, était parmi les premiers visiteurs de cette rotation à arriver sur la base...
Crédit photo : Serge FUSTER
...suivi des deux derniers membres attendus de la TA67, Lionel le cuisinier et Erwan le "Lidariste".
Crédit photo : Serge FUSTER
Crédit photo : Serge FUSTER
Certains visiteurs ont pu rapidement profiter des moyens de transport "alternatifs" de la base pour transporter leurs bagages jusqu'au dortoir d'été..

A noter, la présence sur la rotation d'une équipe de TF1, avec les reporters Michel IZARD et Bertrand LACHAT, venus tourner des images pour le journal de 13h et LCI.
-----
Les opérations logistiques vont se poursuivre encore pendant plus d'une semaine en fonction des conditions météorologiques.

12 janvier 2017

R2 débute demain...

L'Astrolabe est ce soir à 93km de la base Dumont d'Urville. Les premiers passagers doivent être héliportés demain dans la matinée.


Une reconnaissance en hélicoptère a été effectuée dans la journée afin d'examiner l'état de la banquise entre la base et le navire.

Crédit photo : Serge FUSTER

Crédit photo : Serge FUSTER

Crédit photo : Serge FUSTER
Malheureusement, aucune amélioration dans les conditions d'approche de l'Astrolabe sont à envisager à ce stade et les hélicoptères (celui de la base et celui embarqué sur l'Astrolabe) devront se relayer pour transporter passagers et fret.

11 janvier 2017

11 janvier : anniversaire de la mort de Robert GUILLARD

Robert GUILLARD est mort il y a 4 ans, le 11 janvier 2013.

Proche collaborateur de Paul-Émile Victor pendant 44 ans, il a participé à autant de missions au Groenland et en Antarctique, ainsi qu’à 16 grands raids, 5 hivernages et 18 campagnes d’été.

Né le 1er octobre 1919 à Ville-d'Avray, il s’est engagé dans l'armée de l'air à Rochefort à l'âge de 20 ans.

Entré dans la Résistance française en 1944, il a participé à la libération de Lyon, à la campagne d'Alsace, et a reçu la Croix de guerre.

Il a rejoint en 1947 l'équipe des expéditions polaires françaises, de Paul-Émile Victor, en tant que technicien spécialiste des véhicules chenillés.

Chef d'expédition en Terre Adélie en 1956, il a été ensuite chef de la base antarctique Dumont d'Urville de février 1963 à janvier 1964, de février à décembre 1972 et de janvier 1977 à janvier 1978.

Il a par ailleurs également participé, au sein de l’équipe de France de bobsleigh, aux Jeux Olympiques d'hiver de 1952 à Oslo (17ème place).

Un timbre hommage a été édité par les TAAF en 2015.

L'Astrolabe en approche

Dans le cadre de R2 (rotation 2), l'Astrolabe a quitté Hobart le samedi 7 janvier dernier.
Crédit photo : Serge FUSTER
Avec à son bord 21 passagers et 12 membres d'équipage, l'Astrolabe est attendu au large de DDU le jeudi 12 au soir ou le vendredi 13 au matin en fonction des conditions météorologiques.

Il se trouve actuellement à 720km de la base DUMONT d'Urville où la banquise n'a toujours pas débâclé (cf. image satellite ci-dessous)

L'eau libre la plus proche de la base se trouvait en début de semaine à plus de 50 kilomètres.

09 janvier 2017

Photo du jour

Un bel après-midi ensoleillé..... 4°C de température......pas de vent........ et la banquise fond en surface, laissant apparaître de larges flaques.
Photo : Fredérique OLIVIER
Retrouvez les photos de Frédérique OLIVIER sur : www.fredpics.com

07 janvier 2017

L'Antarctique : laboratoire du bout du monde (1/5)

Premier volet d'une série de cinq textes de Didier Schmitt parus ou à paraître dans le quotidien "La Tribune".

Arrivé sur la base Dumont d'Urville en même temps que les membres de la mission TA67, Didier Schmitt est un scientifique, et aussi médecin au passage. Son premier contact avec le milieu polaire date de 1994: il a fait réaliser les premières expériences sur le système immunitaire à DDU.
A l'Agence Spatiale Européenne il a mis en place le programme de recherche ESA à Concordia, ainsi que le système de recyclage des eaux grises. C'est une façon de préparer les futures missions sur Mars.
A l'occasion de sa toute première visite en Antarctique cette saison, il a fait réaliser des prises de vue satellitaires de très haute résolution pour améliorer la navigation de l'Astrolabe, du Raid, et aussi pour les aménagements extérieurs à Concordia.

Didier Schmitt
Son séjour lui a donné encore plus d'idées à réaliser pour les saisons suivantes. Il est aussi chroniqueur dans les pages du Monde, des Echos et de la Tribune. Il est actuellement responsable de stratégie en sécurité et espace au Service Européen pour l'Action Extérieure à l'Union Européenne à Bruxelles.
Il également est l'auteur du récent livre "Antéversion: ce qu'il faut retenir du futur", aux éditions Fauves.

Les opinions exprimées dans l'article ci-dessous sont uniquement celles de l'auteur.

L'Antarctique : laboratoire du bout du monde (1/5)

« Si la Terre était plate, c'est ici qu'elle finirait! Mais en ce qui me concerne c'est là qu'elle commence pour les semaines à venir. Après une rude traversée depuis la Tasmanie nous sommes émerveillés par la pureté de la banquise et avons hâte de voir les manchots de plus près. De la proue de l'Astrolabe je pense inévitablement à cet explorateur téméraire, Dumont D'Urville, qui a quitté les côtes françaises il y a 180 ans et a été le découvreur de cet endroit après deux ans de navigation. Il a baptisé ce bout de paradis, Terre Adélie. »
En plus d'être une archive du climat passé, l'Antarctique est surtout un temporisateur des bouleversements climatiques. Il agit comme un glaçon qui maintient le pastis à la bonne température. Si ce thermostat venait à fondre (70% de l'eau douce de la planète), les océans seraient dilués, certains courants marins inversés, et avec une montée des eaux de 60 mètres c'est littéralement la face du monde qui serait changée en quelques générations.

Terre de paix et de science
La recherche scientifique est l'essence même du Traité sur l'Antarctique. Ce dernier stipule « qu'il est de l'intérêt de l'humanité toute entière que l'Antarctique soit à jamais réservé aux seules activités pacifiques et ne devienne ni le théâtre ni l'enjeu de différends internationaux ». Ceci témoigne du fait que ce continent n'était pas au cœur des enjeux géostratégiques dans les années 50, et c'était mieux ainsi. Force est de constater que mise à part la période des expéditions héroïques au tournant du XXème siècle, l'Antarctique est largement ignoré par les médias. Il est vrai qu'il est toujours très difficile de s'y rendre et que l'obsession de l'information instantanée n'est pas une caractéristique de ce lieu. Et pourtant c'est un endroit unique, surtout pour comprendre ce qui va influencer la vie des générations à venir: le chamboulement climatique.

Un laboratoire à ciel ouvert
C'est au navigateur Charcot que l'on doit la première présence française il y a plus de 110 ans. En effectuant des relevés et des échantillonnages il a été un 'défricheur de science' tout azimut. Actuellement les recherches ne se font plus dans ce cadre 'opportuniste' car elles sont intégrées aux différentes disciplines, telles la climatologie, la glaciologie ou l'impact du réchauffement sur la biologie marine. En ce sens l'environnement polaire ne diffère pas du spatial ou du marin car il est un milieu et non une matière scientifique. Ainsi, l'Institut polaire français Paul Emile Victor (IPEV) est un pourvoyeur de moyens, comme le sont les bateaux océanographiques ou la station spatiale internationale. Comme tous projets d'envergure ceux-ci sont évalués non seulement au niveau scientifique mais aussi dans leur rapport coût/intérêt.
Le continent des superlatifs
Les distances sont hors norme; ainsi, traverser le continent blanc est plus long que d'aller de Tromsø au nord de la Norvège à Faro au sud du Portugal. L'inhospitalité de ces lieux demande un savoir-faire et une détermination à toute épreuve pour qui souhaite s'y rendre et/ou s'y établir. Et pour cause, l'Antarctique est le continent le plus froid (en dessous de -80°C en hiver), mais aussi le plus venteux, le plus surélevé (avec sa couche de glace) et curieusement le plus sec de la planète. Ce qui fait que le fond des glaciers - dont la profondeur peut atteindre plus de 4 km - provient de la neige tombée il y a plus d'un million d'années. Les résultats sont donc à la 'hauteur'. Les forages du programme EPICA (European Project for Ice Coring in Antarctica) ont démontré que le taux actuel de gaz carbonique atmosphérique est près d'une fois et demi supérieur à celui de toutes les périodes inter-glacières depuis au moins 800 000 ans.

A la fois témoin et victime du réchauffement climatique
Dans ces étendues de glace à l'infini, sans faune ni flore, le temps semble figé. Mais il n'en est rien. Au contraire, les choses se précipitent car, comme par contagion, la fonte des glaciers s'y accélère aussi. Bien que protégé par un courant marin circumpolaire, les eaux côtières antarctiques se réchauffent et les langues glaciaires ont commencé à fondre plus vite à leur embouchure. C'est un cercle vicieux qui a démarré ces dernières années avec l'accélération du glissement et donc du déversement des calottes vers la mer.
Les modélisations à partir des mesures sur place, combinées aux données satellitaires, sont alarmantes. Les impacts économiques se feront également sentir à moyen terme. Les mers australes sont les plus poissonneuses du monde. Mais le biotope y est particulièrement précaire car la chaîne alimentaire, dont fait partie le krill, semble très sensible à de petites variations de température. L'inquiétude est grandissante aussi au nord, car actuellement la température y excède la normale saisonnière de 20°C! Du jamais vu.

Retrouvez Didier Schmitt sur ses Blogs :

Twitter : @didier_schmitt

06 janvier 2017

Brève : Jour polaire suite... et fin

Le soleil se couche de nouveau à DDU.
Depuis le 6 décembre, nous étions en jour polaire (cf. article ICI ).
Photo Vincent TEROL
C'est désormais terminé et nous avons eu hier une "nuit" de 53 minutes, avec une heure de coucher du soleil à 0h24, et heure de lever à 1h17.

Quelques photos réalisées par Coline...

Hivernante de la TA67, Coline est ornithologue pour le programme 109.

Voici quelques unes de ces photos.

Pétrel des neiges - Photo : Coline MARCIAU
Pétrel des neiges - Photo : Coline MARCIAU

Photo : Coline MARCIAU

Photo : Coline MARCIAU

Photo : Coline MARCIAU

Manchot empereur et son poussin - Photo : Coline MARCIAU

Photo : Coline MARCIAU

Vous pouvez retrouver d'autres photos de Coline sur le blog : http://taaf2017.wordpress.com