jeudi 18 octobre 2018

Le phoque de Weddell

Les tâches sombres sur la banquise se sont multipliées, moins mobiles et plus grosses que les manchots Empereurs: ce sont des phoques de Weddell.

Ils semblent bien passer le plus clair de leur temps à dormir, à proximité de rivières ou de trous qu'ils ont formés dans la glace. Les mâles gardent en effet un "trou de phoque", un accès à l'eau travers la banquise, qu'ils ont dû défendre violemment contre d'autres mâles. A la surface, leur harem.

Respiration dans une rivière: le phoque de Weddell plonge en moyenne à 200-300 mètres (le record enregistré étant une profondeur de 800 mètres), jusqu'à 80 minutes (crédits photos: Romain VERITE)


A cette période, les femelles viennent "vêler" (c'est le terme consacré pour la mise bas - comme pour un glacier) dans la baie. Nous avons observé le premier veau de l'année cette semaine. A la naissance, il pèse environ 25 kg pour 1m20. Il gagnera 100 kg jusqu'au sevrage (qui dure 7 semaines) tandis que la mère en perdra 150 (elle ne se nourrit pas pendant cette période).

Veau de Weddell et sa mère (crédit photo: Georges VERNOIS)
Petit veau de Weddell, âgé d'environ deux jours (crédit photo: Nathalie JAMOT)

Dans le cadre du suivi à long terme de la population de phoques de Weddell, de nombreuses manips, impliquant jusqu'à 30 km de marche dans la journée, sont donc organisées, pour les dénombrer, suivre les naissances, et transponder les animaux qui ne le sont pas. Le transpondage, qui consiste à insérer une petite puce sous leur peau servant à les identifier, nécessite l'intervention de plusieurs hivernants pour immobiliser les adultes, qui pèsent entre 300 et 400 kg.
Alexandre, l'ornithologue du programme 109, vérifiant avec son détecteur si un phoque de Weddell est transpondé (crédit photo: Nathalie JAMOT).
Isabelle, la glacio, en scribe, pour noter le lieu de l'observation, le sexe de l'animal, la longueur de son corps, son numéro d'identification, la filiation éventuelle, le poids pour les petits veaux... (crédit photo: Delphine MENARD)

Les Weddell appartiennent à la famille des Phodicés (à distinguer des otaries, notamment). Parmi ses proches cousins, quelques éléphants de mer viennent, très occasionnellement, du côté de DDU; quelques léopards de mer sont observés chaque année, comme on a pu en apercevoir l'été dernier ou fin septembre; beaucoup plus nombreux sont les phoques crabiers.
Le phoque crabier a une fourrure plus uniforme, sans tâches sur le ventre et plus dorée, la tête moins massive et un museau plus allongé (crédits photos: Romain VERITE/Alexandre BADUEL)
Il est tout aussi dynamique que le Weddell (crédits photos: Delphine MENARD)
Phoques crabiers en rivière (crédit photo: Delphine MENARD
Crédit photo: Romain VERITE/Alexandre BADUEL
Les phoques crabiers sont l'espèce la plus représentée au niveau mondial, avec 13 millions d'individus estimés - contre 250 000 à 750 000 phoques de Weddell (la fourchette est large tant il est difficile de les suivre).

En Terre Adélie, la population de Weddell est estimée à 350 individus.
Il semblerait qu'il y ait de "nouveaux venus" chez les Weddell cette année autour de DDU, à l'ouest de la baie, non transpondés; peut-être en raison de la débâcle partielle qui a créé des opportunités de sorties de l'eau, d'accès à la banquise: on parle d'émigration temporaire.
Les comptages réalisés cette semaine indiquent en effet:
- à l'ouest de Pétrels: 142 individus, dont un seul veau
- à l'est de Pétrels: 94 individus, dont 36 veaux
Une seconde série de comptage sera organisée 10 jours après la première, pour dénombrer la totalité des veaux encore à naître.
Soit un total, pour l'instant, de 235 individus! A la même époque l'année dernière, la mission 67 avait dénombré 66 individus dont 21 veaux; au second comptage, ils avaient 90 individus, dont 31 veaux.

mardi 16 octobre 2018

Préparation de la campagne d'été: rapatriement du Kässbohrer et transferts de charges

Nous sommes désormais dans les dernières semaines de l'hivernage.
Pour préparer la campagne d'été, l'équipe technique a été à pied d’œuvre dès le retour du soleil, afin de profiter d'une banquise saine pour réaliser des transferts de charges entre DDU et la base de Prudhomme située à 5 km.

La première étape a été de créer une route sur la banquise entre DDU et Prudhomme. Des sondages ont donc été réalisés pour confirmer l'épaisseur de glace de mer et sa capacité à supporter le poids des engins.
Avec une épaisseur supérieure à 1m20 et des températures comprises entre -10 et -20°C, nous pouvons aisément transporter des charges de 30 tonnes. 
 
Le résultat des sondages

Le Kässbohrer, engin de déneigement stocké à Prudhomme, a ainsi pu être "déshiverné" et rapatrié pour quelques vérifications, avant d'être utilisé pour créer un linéaire régulier entre DDU et Prudhomme.
Le retour du Kässbohrer, escorté par le Kubota sur la banquise (crédit photo: Hélène LARMET)
Arrivée triomphale du Kässbohrer sur Pétrels - couplée aux appels à la vigilance à l'attention des hivernants car nous avons un peu perdu l'habitude de voir des engins circuler (crédit photo: Hélène LARMET)
Cambouis aux commandes du Käss, traçant la route pour rejoindre la base de Prudhomme - à l'approche de celle-ci (crédit photo: Hélène LARMET)
 
Puis l'équipe technique s'est attaquée aux transferts de gasoil (SAB, Special Antarctic Blend).
En effet, c'était un succès majeur pour l'IPEV l'été dernier, après quelques années plus contraintes, que de pouvoir livrer des quantités de SAB suffisantes pour la base de DDU, pour Prudhomme et pour la base franco-italienne de Concordia, à l'intérieur du continent.
Un premier raid terrestre entre Prudhomme et Concordia (sur trois prévus pour l'été) devrait partir dès la mi-novembre 2018, avant l'arrivée de la première rotation de l'Astrolabe, pour alimenter Concordia avec les premiers litres de carburant et les premiers matériaux de chantier.

Pour ce faire, une plateforme a été aménagée au bas de Prudhomme, puis des cuves vides ont été rapatriées pour être remplies à DDU; les cuves pleines ont été tractées par des Challengers, eux-mêmes déshivernés (notre mécano ne chôme pas), dans le sens inverse.
 
Récupération des cuves vides à D3 (crédit photo: Hélène LARMET)
Pompage au Lion, par Patrice et Christophe (crédit photo: Bastien PRAT)
Transfert des cuves pleines sur la banquise, tractées par les Challengers conduits par Bastien, Eloi, Quentin P (crédit photo: Hélène LARMET)

Pompage à D0 par Bastien, Quentin P, Quentin C, Patrice (crédit photo: Bastien PRAT)
Cuves bien rangées sur la plateforme de D0 et vue d'ensemble de Prudhomme (crédit photo: Hélène LARMET)
 
Grâce à l'équipe technique de la mission 68, ce sont 331 m3 de carburant et 4 containers de matériel qui ont ainsi été transférés vers Prudhomme, garantissant la disponibilité du fret pour ce premier raid.
Rangement d'un container à D0 (crédit photo: Bastien PRAT)


lundi 8 octobre 2018

Nouvelles des Australes: sauvetage de deux skippers de la Golden Globe Race

Deux skippers participant à la Golden Globe Race* ont été secourus par l’Osiris** au sud de l’île de Saint Paul et transportés mardi dernier à l’hôpital du district d’Amsterdam : Abhilash Tomy (sérieusement blessé quand son bateau a roulé à 360° dans une tempête et s’est démâté) et Gregor McGuckin (contraint d'abandonner, son voilier ayant également démâté et ses régulateur d'allure et pilotage automatique étant endommagés). 
Position des bateaux
Les opérations ont été coordonnées par le centre de sauvetage maritime australien, compétent pour la zone, en lien étroit avec le CROSS Réunion et les TAAF.
 
Tomy, arrivé sur l'île d'Amsterdam immobilisé dans un matelas coquille, a pu repartir sur ses deux jambes, grâce aux bons soins du médecin du district et aux efforts de toute l'équipe.
Les deux marins ont été évacués respectivement par une frégate indienne (Satpura) et par une frégate australienne (HMAS Ballarat), par hélicoptère.
 
Sincère respect pour tous les participants à la course et pour les personnes impliquées dans cette opération de sauvetage!


* La Golden Globe Race est une course de 8-10 mois en solitaire, à bord de voiliers dépourvus de moyens modernes, dans l'esprit des pionniers de la course autour du monde en solitaire. Elle est partie le 1er juillet dernier des Sables d'Olonne.

** L'Osiris est un ancien palangrier, arraisonné pour pêche illicite dans les eaux de Kerguelen en 2003 et transformé en patrouilleur affecté à la direction des Affaires Maritimes à la Réunion, pour réaliser des missions de police et de surveillance des pêches dans les zones économiques exclusives des TAAF.