samedi 15 septembre 2018

Résidence "les pieds dans l'eau"

Grâce aux cartes satellites de la Nasa (EOSDIS Worldview), récupérées et traitées par notre radio, Ewan, depuis le mois d'août, nous voyions la polynie progresser régulièrement.
Elle était trahie par la présence de watersky à l'horizon, et ponctuellement par la formation de nuages bas cumuliformes en journée.
Le 5 septembre
La distance à la polynie était ainsi estimée à seulement 18 km au nord de Pétrels le 11 août, 14 km le 25 du même mois, 10 km le 29 août et le 2 septembre, avant de reculer légèrement jusqu'à 13 km le 5 septembre:

25 août

2 septembre

5 septembre

Le temps très neigeux qui a suivi a empêché de suivre précisément l'évolution. C'est donc avec une certaine surprise que nous avons découvert le 10 septembre au matin, en récupérant une visibilité dépassant le bout de notre nez, une débâcle partielle.

Le 11 septembre

Au nord, la banquise n'est qu'à 1 km du Lion, puis c'est la mer jusqu'à l'horizon.
A l'ouest de Pétrels, la banquise tient plutôt bien, juqu'aux îles Fram.
A l'est, la ligne d'eau libre joint quelques icebergs tankés là. L'extrêmité septentrionale de l'archipel est à l'eau: l'île du Débarquement, où Dumont d'Urville a accosté pour la première fois en 1840, prenant ainsi possession de la Terre Adélie. 

Le 14 septembre (échelle 20 km)

Les années ne se ressemblent pas: cette avancée spectaculaire ne se serait pas produite aussi tôt en hiver depuis 2007 (le pack s'était ensuite reformé). En 2006, une débâcle hivernale s'était également produite en septembre, et avait libéré progressivement Pétrels.


La station ne serait pas encore accessible par voie maritime pour autant. Quelques centaines de kilomètres de banquise séparent encore la polynie qui s'est formée au large de DDU de l'océan:
Le 14 septembre (échelle 100 km)

samedi 1 septembre 2018

La manchotière, sons et lumières

La manchotière est maintenant très active, les naissances se sont multipliées. Il ne reste presque plus d’œufs à éclore, et ceux-ci ne sont probablement pas viables.
Quelques poussins ont même commencé à s'émanciper thermiquement, c'est-à-dire à s'aventurer hors des pattes des parents sur la banquise.

Les chants des petits se mêlent maintenant à ceux des adultes:

 Crédit photo: Romain Vérité

Les chants, si importants dans la vie sociale et pour la fonction de reproduction, différent d'un individu à l'autre, mais permettent d'identifier facilement le genre. Les extraits ci-dessous ont été collectés par le programme 137:

Chant d'un individu mâle, lent (Crédit photo: Hélène LARMET)

 
Chant d'une femelle, saccadé (Crédit photo: Ewan TESSIER)

Les manchots émettent aussi parfois un "coup de clairon", comme cri de contact (par exemple quand ils arrivent à la manchotière et attendent une confirmation de leur chemin) ou en cas de stress notamment. Il s'agit donc davantage d'un cri que d'un chant:

 Coup de clairon (Crédit photo: Alain MATHIEU)

Maintenant que le "garde manger" est plein, une première prédation par un Pétrel Géant de l'Antarctique (ils sont maintenant 11, résidant à proximité de la base) a été observée, le 19 août.

Crédit photo: Romain Vérité

Pendant ce temps, le mouvement pendulaire des parents se poursuit. La polynie serait maintenant à 15 km, et les aller-retours se multiplient.
Les chiffres sont très variables d'une journée à l'autre et la météo n'a pas favorisé les comptages, mais 1017 départs et 782 arrivées ont été dénombrés par le programme 109 sur trois journées du mois d'août.
Nous avons eu des précipitations importantes de neige; les voies empruntées par tous ces manchots se distinguaient très bien sur la banquise, comme si celle-ci se fracturait, malgré son 1m20 d'épaisseur.

Crédits photos: Hélène LARMET
La manchotière est ainsi actuellement peuplée par environ 4700 individus.