30 décembre 2025

Arrivée de R1, la deuxième rotation de L'Astrolabe de la campagne

Après deux semaines de navigation, un détour planifié par Macquarie Island pour relever du personnel australiens, une météo hostile et un pack de glace encore particulièrement compact au large de DDU, L’Astrolabe a fini par braver les éléments et fait son apparition samedi 27 au matin.

Photo : Clément Gouget (responsable technique TA 76)

La banquise étant encore bien constituée dans l’archipel de Pointe Géologie, le bateau s’est d’abord mis en appui banquise pour procéder au débarquement des passagers et de petites charges par hélicoptère.

Les derniers hivernants de la 76e mission en Terre Adélie ont rejoint ceux arrivés en novembre. Nous sommes désormais au complet et nous préparons doucement à cette année qui nous attend ici. Trois campagnards ont également rejoint la station, avec trois visiteurs qui repartiront avec le bateau en fin de semaine. Les collègues australiens de Macquarie ont également débarqué pour la semaine ; c’est l’occasion pour eux de découvrir notre environnement antarctique, après plusieurs mois passés sur leur île subantarctique.

Photo : Nicolas Puvis (DISTA)

Lundi 29, le brise-glace a poursuivi son travail sur la banquise pour se rapprocher au maximum de l’île du Lion dans l’espoir de s’y amarrer. La banquise est finalement trop épaisse pour qu’il arrive à la briser jusqu’au bout. Il s’est quand même considérablement approché, le transfert de carburant et le déchargement du reste du matériel se fera dans de meilleures conditions que ce que nous craignions encore il y a quelques jours.

Cette période à la fois de fêtes et de travail est très intense pour les équipes ici. On est 82 à Dumont-d'Urville et 16 à Prudhomme. C’est très stimulant et ça se passe dans la bonne ambiance. Plus de détails sur l'ensemble de la séquence dans quelques jours. Bon réveillon à toutes et à tous !

24 décembre 2025

Le Raid Logistique, reliant les stations DDU et Concordia

Il y a quelques jours le 81e raid logistique de l’IPEV a réussi à ravitailler la station franco-italienne Concordia. Partis de la station Robert-Guillard à Cap Prudhomme, à quelques encablures de la station Dumont-d’Urville, les dix hommes ont mis 10 jours pour avaler ces 1 100 km, 3 jours sur place pour décharger les 190 tonnes de cargo et se reposer un minimum, et 9 jours pour revenir sur la côte.

Un grand bravo à Anthony et son équipe de raiders, ainsi qu’à Christophe (alias “Tito”) et son équipe à Prudhomme. Comme vous allez le voir sur cette vidéo, c’est une belle prouesse humaine et technique ! 

 

22 décembre 2025

Soleil circumpolaire

En ce jour de solstice d’été en Antarctique, petite explication d’un phénomène très spécifique à notre environnement polaire !

Quand on arrive sur la station Dumont-d’Urville (DDU), on apprend vite à se familiariser avec l’intranet. C’est un site internet local où chaque département publie des informations : la météo, les plans de chambres, les tours de service, la presse, les cartes, la photo du jour, et plein d’autres informations utiles (ou pas !). On peut même accéder à la station de radio de DDU, qui diffuse une playlist de musique et parfois même des émissions de radio amateurs.

Sur cet intranet, on trouve aussi l’éphéméride et c’est là que, depuis le 8 décembre, nous voyons « soleil circumpolaire » en lieu et place des heures de lever et coucher du soleil. Qu’est-ce que ça veut bien dire ? Une étoile est circumpolaire autour du pôle céleste sud si l'opposé de sa déclinaison est au moins égale à la colatitude (terrestre) de l'observateur situé dans l'hémisphère sud. En des termes plus simples, on dit du soleil qu’il est circumpolaire quand il ne se couche pas. Ce petit schéma pourrait aider à comprendre.

Circumpolaire | Association Méridienne

Du fait de l’inclinaison de l’axe de la Terre sur le plan de son orbite, toutes les régions de la Terre ne sont pas éclairées de la même façon par le Soleil au cours de sa révolution annuelle. Entre l’équinoxe de mars et celui de septembre, dans l’hémisphère nord, le Soleil éclaire le pôle Nord en permanence. Le même phénomène se produit au pôle Sud entre les équinoxes de septembre et mars.

Les cercles polaires arctique et antarctique délimitent des régions jusqu’aux pôles où le soleil reste au-dessus de l'horizon pendant au moins vingt-quatre heures consécutives en été (c’est le jour polaire) et en dessous de l'horizon pendant au moins vingt-quatre heures consécutives en hiver (c’est la nuit polaire). DDU étant situé sur le cercle antarctique, on peut voir ce fameux soleil de minuit pendant quelques jours en été.

Pas tout à fait quand même puisque, la calotte polaire sur le continent montant assez vite en altitude, notre horizon est un peu faussé et plus haut que si c’était l’océan par exemple. Elle nous cache donc un peu le soleil en milieu de "nuit" mais le plaisir et l’émerveillement sont là.

Au cours de la journée, phénomène universel du fait de la diffraction de la lumière par l’atmosphère, les couleurs varient : une luminosité plus franche et bleutée au moment où le soleil est au plus haut dans la journée ; des couleurs plus chaudes en fin de journée ou très tôt le matin.

Photo : Nicolas Puvis (DISTA)

Ce qui est perturbant, c’est de voir la lumière du jour tout le temps. En habitués de l'hémisphère nord, quand on est entouré de neige ou de glace, c'est bien souvent l'hiver, et donc quand les jours sont relativement courts. Par ailleurs, il y a une petite dissonance entre ce que nous dit notre cerveau et ce que nous dit notre corps. En fin de journée, on voit bien l’heure qu’il est, mais notre corps a du mal à admettre qu’il est l’heure d’aller dormir. Cela peut avoir des impacts sur les rythmes de sommeil, mais on essaye d’y être attentif et chacun a ses petites astuces pour trouver le sommeil quand même !

Photo : Nicolas Puvis (DISTA)

Avant de conclure, soyons honnêtes, ces photos ne sont pas contractuelles... Elles datent de trois jours. Ceux qui suivent un peu la météo de notre contrée polaire savent que depuis deux jours qu’on ne peut pas observer ce soleil de minuit, ni de midi d’ailleurs, parce que le temps est plutôt à la neige, au vent et aux nuages bas ! Et nous attendons avec impatience la deuxième rotation de L’Astrolabe, qui se bat dans un pack de glace encore assez dense au large de DDU. Ils seront là pour Noël !

Belles fêtes de fin d'année à toutes et à tous !! 

20 décembre 2025

Portrait d'Adélien - Pierre, le silence des girouettes

 Nous vous proposons d’aller à la rencontre d’un de nos compatriotes du bout du monde. Vous découvrirez les portraits de ces hommes et de ces femmes qui exercent leur art dans le territoire français le plus éloigné de la métropole, en Terre Adélie, sur le grand et mystérieux continent blanc.

--


Aujourd'hui, nous vous présentons Pierre ALARY, 62 ans, Toulousain, qui exerce la fonction de technicien de maintenance météo sur la base Dumont-d'Urville. 

Notre ainé d'expédition a commencé sa carrière, il y a bien longtemps, par un bac C (scientifique) avant d'intégrer l'école de la météo, sur concours, à Toulouse. Il réalise alors un an de formation suivie d'un an de stage pratique. A l'issue, il est titularisé en tant que technicien de maintenance météo. Tout juste diplômé, il est alors appelé à réaliser son service militaire et c'est finalement à Kerguelen qu'il va l'effectuer, un peu par hasard. A l'issue de cette première expérience dans les TAAF, il est affecté à Paris durant 3 ans. Puis c'est l'appel des sirènes, il retourne à Kerguelen, cette fois en civil, comme technicien Météo-france. Là bas, il sympathisera avec un skipper, de passage avec son voilier sur les lointaines iles de Kerguelen. Il montrera à ce marin les coins de Kerguelen qu'il connait par coeur. A son retour, une fois de plus, il retrouve la grisaille parisienne, au Bourget, durant 4 ans. 


Quelques années plus tard, alors qu'il vit son quotidien parisien, le fameux skipper le recontacte, il a pour projet de retourner à Kerguelen pour plusieurs mois. Il se renseigne auprès de notre jeune technicien météo, qui connait l'île comme sa poche. Mais au fil des discussions, "Pierral", comme tout le monde le surnomme sur base, va être de plus en plus attiré par cette aventure. Il finit par lui proposer de l'accompagner, sachant qu'il devait partir en solitaire. Pierral n'a alors jamais fait de voilier de sa vie et il n'en a d'ailleurs plus jamais fait. Mais, peu importe, il saute le pas et sa lance dans l'aventure. 

Nous sommes en 1994, c'est le grand départ, il rejoint son co-équipier, Christophe Houdaille, et ils hissent la voile, ils navigueront 3 mois, sans aucune escale, jusqu'à Kerguelen. Son co-équipier au caractère bien trempé, n'est pas un bavard. Est-ce là que Pierral a attrapé le virus et est devenu le taciturne mystérieux que nous connaissons aujourd'hui ?


Ce début de "croisière" se passe bien à bord, les deux hommes ne discutent guère, mais c'est après tout leur façon de fonctionner... Puis, passé l'Afrique du Sud, la croisière ne s'amuse plus, les 40èmes sont là, accompagnés de leurs vagues de 10m de haut. "A ce moment là, je me demande, ce que je fout là dedans...". Enfin, Kerguelen approche à l'horizon, il y resteront durant 3 mois, mouillant autour de l'île. Finalement, Pierral quittera son co-équipier en embarquant avec le Marion Dufresne (Navire de ravitaillement des TAAF), appelé par ses devoirs professionnels en Métropole après avoir reçu un télégramme de son père, adressé à Port au français puis retransmis par radio au voilier. De toute façon, son devoir familial l'appelait également, son 1er fils, Tristan, devait naître 2 mois plus tard. Le jeune Tristan, héritera en 3ème prénom, de celui de "Kerguelen"... 


Après cette épopée marine, il rejoint le centre national de recherche météorologique de Toulouse, changeant de métier, il fera de la recherche sur les modèles numériques. Il restera 10 ans dans cette fonction. Enfin, dernier grand changement pour lui, il deviendra régisseur du centre international de conférence de Météo France, durant 20 ans. 

Finalement, Pierral cherche à terminer sa carrière de façon originale, il est libéré de toute contrainte familiale. Il veut retrouver les TAAF, et cette fois il veut découvrir la Terre Adélie, après ses séjours à Kerguelen. Une fin de carrière en vrai feu d'artifice ! 


Sur base, Pierral est en charge de maintenir en état de fonctionnement optimal la station météorologique sur le plan technique. Il veille en permanence à ce que tout fonctionne. Il a également beaucoup de travail pour l'entretien des systèmes informatiques de la station météo. Il assure également la maintenance des capteurs qui disposent de l'ensemble des paramètres météorologiques. Il effectue également avec le prévisionniste du jour, le lancer du ballon sonde, chaque matin. 

Pierral est aussi engagé dans l'équipe médicale de la base, il assiste alors le médecin pour la prise en charge des éventuelles urgences médicales. 


Sur son temps libre, Pierral passe beaucoup de temps en cuisine, "je fais la petite main", il rejoint souvent les sorties banquises, profitant de ces moments magiques. Et le reste du temps, il lit beaucoup, principalement des polars et si possible des polars historiques. Il a écumé, en parallèle, toutes les BD de la base ! "Au moins une centaine !"

C'est également un spectateur assidu des séries et films diffusés au séjour et dans la bibliothèque et surtout, des matchs de rugby ! Il n'en manque pas un ! Surtout si son club préféré joue ! Je ne vous préciserai pas quel club il supporte... 


Pierral est aussi un artiste, dans un style très différent de son fils Noé, mais tout de même... Il est le dessinateur officiel des caricatures du Pétrel enchainé (la gazette mensuelle de Terre Adélie), les hivernants découvrent leurs traits avec crainte chaque mois.

Pierral aide aussi les différents professionnels de la base, découvrant leur métier, menuiserie, soudure, quart centrale, ... 

Enfin, il participe aussi aux jeux sur base. "Je fais partie de la secte", comprendre qu'il fait partie du club de coinche de la base, club très actif. 


Si vous le cherchez, ce n'est pas grâce au son de sa voix que vous le trouverez... En effet, notre ainé, de nature taciturne, n'est pas homme à parler pour ne rien dire. Mais les hivernants ont compris qu'il n'y avait pas besoin de parole, une simple inclinaison du menton en avant en entrant dans la cuisine et Alice, notre cuisinière, comprend qu'il veut savoir si elle a besoin d'aide en cuisine. Une inclinaison de la tête, cela veut dire que la partie de coinche va commencer... Et derrière tout cela, c'est pourtant un personnage à l'humour bien forgé qui se cache derrière cette carapace. Finalement, c'est ce personnage discret, silencieux, taciturne qui est devenu, malgré lui, la mascotte de la mission. Probablement, l'hivernant le plus mis en avant dans les photos du jour (photos humoristique publiés sur l'intranet de la base quotidiennement), le mettant dans toutes les situations imaginables. Là où la parole n'est pas, l'imaginaire prend place... 


Vous le trouverez surement dans son antre, son laboratoire à girouettes, vous découvrirez alors un ventilateur animant une girouette ou un anémomètre. Tel le professeur tournesol, il semble réaliser dans ce petit atelier, des expériences curieuses... Il sera surement avec son compère, Ismaël, le lidariste, partageant un Backgammon. S'il n'est pas dans son atelier, plus aucun doute, il est forcément dans la cuisine, en train d'éplucher des pommes de terre... Encore une dernière hypothèse ceci étant dit ... Il passe également son temps à chercher ses lunettes qu'il égare de partout dans la base, vous pouvez être assuré que là où se trouve ses lunettes, vous ne le trouverez pas...


Ce qu'aime Pierral ici, c'est le fait d'être à l'écart du monde, isolé des problèmes du monde et de vivre en dehors du temps.    

"J'ai adoré pouvoir conduire une fameuse et un challenger sur la banquise, je pensais pas faire ça dans ma vie ...."

Une anecdote à nous raconter ? 

"Je suis parti nettoyer les tasses de café de la météo au séjour, de belles tasses... En revenant du séjour, les tasses toutes propres et brillantes dans les mains, j'ai trébuché sur les caillebotis, les tasses se sont envolées dans les airs et hop.. plus de tasses... "

Un mot pour terminer ? 

"Je suis très content de terminer ma carrière dans un endroit comme ici. Si je n'étais pas à présent en limite d'âge, je serai surement partant pour revenir encore... mais bon... la boucle est bouclée... Place aux jeunes ... 

J'ai commencé ma carrière à Kerguelen, je la finis en Terre Adélie"

-- 

Voilà, il s'agissait du dernier portrait d'hivernant, il est temps pour moi de tirer ma révérence. J'espère avoir réussi à vous partager quelques instants de vie durant cette année au coeur de l'Antarctique, vous permettant, vous aussi, de vous évader le temps de quelques lignes et photos. J'espère avoir retransmis fidélement le quotidien de ces hivernants, vos proches, vos enfants, conjoints, petits enfants, amis, camarades d'aventure polaire ou simple inconnus. 

Vive la Terre Adélie et bon vent à tous. 

Pierre BASCELLI - DISTA TA 75.    

  

18 décembre 2025

Portrait d'Adélien - Léo THOLY, tailleur de pièces sur le continent de glace

Nous vous proposons d’aller à la rencontre d’un de nos compatriotes du bout du monde. Vous découvrirez les portraits de ces hommes et de ces femmes qui exercent leur art dans le territoire français le plus éloigné de la métropole, en Terre Adélie, sur le grand et mystérieux continent blanc.
--

Aujourd'hui, nous vous présentons Léo THOLY, 23 ans, originaire de Savoie, qui occupe la fonction de mécanicien de précision pour la Base Dumont-d'Urville. 

Notre mécanicien de précision a débuté ses études avec un Bac SSI qu'il a ensuite complété par un DUT en génie mécanique et productique réalisé à Annecy, où il réalise un stage de 3 mois chez Volvo en qualité de technicien méthode. Après ces 2 ans de DUT, il complète sa formation avec un DUETI (diplôme universitaire d'enseignement technologique international), ayant pour objectif de compléter le DUT précédent en lui donnant une dimension internationale et linguistique. 

Notre jeune Léo se rendra alors en Irlande, à Letterkenny, pour cette année d'immersion dans la culture Irlandaise. Puis il est temps de rentrer en France, il retourne chez Volvo, mais cette fois, ce n'est plus un stage, il est recruté en qualité de technicien méthode. Il y restera 1 an avant de rejoindre NTN. Finalement, c'est par une amie canadienne qu'il va découvrir l'Antarctique. Cette dernière rêvait de cette aventure. Il postule alors au sein de l'institut polaire français. Sans nouvelles et alors que le départ du premier bateau est prévu dans 3 semaines, il est contacté par l'institut, lui demandant s'il est prêt à partir dans ce délai très court. Il confirme son engagement et se prépare rapidement afin de rejoindre l'équipe. 


Sur base, Léo a pour rôle de fabriquer des pièces métalliques ou plastiques, pour répondre aux besoins des différents professionnels de la base. Ses productions sont principalement destinées au remplacement de pièces endommagées mais aussi à la production de nouveaux types de pièces au besoin. En effet, vous l'aurez compris, on ne peut commander de pièces en ligne et attendre la livraison par le facteur le lendemain... Ici, il nous faut être autonome et savoir produire les pièces essentielles pour la continuité de nos installations et c'est pourquoi Léo est présent. Il réalise le tourrage, le fraisage mais aussi des impressions 3D. Bref Léo c'est un peu notre usine de production du bout du monde. 


Léo fait aussi partie de l'équipe pompiers lourds de la base, il intervient en cas d'incendie pour porter secours aux personnels et tenter de stopper les débuts d'incendie. Un rôle essentiel sur une base isolée du monde. 


Si vous cherchez Léo notre Mé-pré (pour mécanicien de précision), aussi appelé "Mé-presque", comme le veut la tradition, vous pouvez le trouver au "Sipo" (Le Siporex, du nom du matériau de construction de l'atelier général), c'est son antre, son atelier. A défaut, regardez s'il n'est pas en train de jouer à un jeu de société ou de carte au séjour. 

Enfin, dernière option, vous le trouverez peut être au séjour, sur le canapé en pleine réflexion existentielle. Vous pouvez le reconnaitre aisément, même sous une couche de vêtements, une cagoule et un masque de ski, en pleine tempête, si vous le croisez il vous lancera un petit "Coucou".


Ici, notre jeune Mé-pré aime le fait de vivre avec des personnes qu'il n'a pas l'habitude de côtoyer, comme les scientifiques par exemple. "Ça me fait voir plein de champs différents".

"J'aime aussi les manips que l'on réalise, les paysages, les animaux, c'est unique..."   

"On a aussi beaucoup moins de problèmes du quotidien, on sort de tout ça, on est dans notre bulle"



Une anecdote à nous raconter ? 

Léo n'avait pas d'anecdote à partager, je m'en charge donc : 
Léo a participé en tant qu'acteur au célèbre festival du film Antarctique (WIFFA), qui met en compétition toutes les bases de l'Antarctique au coeur de l'Hiver. Il a joué le rôle de représentant des États-Unis d'Amérique lors d'un débat animé entre lui, le représentant de la France et celui de l'URSS qui se partagent alors l'Antarctique comme un morceau de gâteau, délaissant les autres nations. Costume, cravate, lunettes de soleil et cigare à la bouche, il a su incarner le personnage et une de ses tirades est restée culte pour l'équipe de tournage ! 
"More for America !"
  

Un mot pour terminer ?    

"C'est une super expérience, très enrichissante pour moi"


-

Chers lecteurs, je vous avais promis de terminer les portraits hivernants, alors depuis les terres chaudes et non moins hostiles d'Australie, je tiens mon engagement. Merci à mon successeur Nicolas PUVIS, actuel DISTA, de me permettre ces dernières publications.

Pierre BASCELLI (DISTA TA 75)

16 décembre 2025

Portrait d'Adélien - Cindy SOUAN, chef d'orchestre du catabatique

Nous vous proposons d’aller à la rencontre d’un de nos compatriotes du bout du monde. Vous découvrirez les portraits de ces hommes et de ces femmes qui exercent leur art dans le territoire français le plus éloigné de la métropole, en Terre Adélie, sur le grand et mystérieux continent blanc.

--


Cette semaine, nous vous présentons Cindy SOUAN, 32 ans, originaire de Charente, qui occupe la fonction de cheffe météo pour la Base Dumont-d'Urville. 

Notre cheffe de la station Météo France du bout du monde a intégré une prépa scientifique juste après son bac S. Alors qu'elle ne sait pas encore exactement dans quelle filière scientifique elle va s'orienter, c'est un échange insolite qui va la convaincre de se spécialiser en météorologie. En effet, c'est un ami de belote de ses grands parents (on reviendra plus tard sur la belote), lui même prévisionniste météo qui va définitivement la persuader de continuer son ascension vers les nuages et autres alto-cumulus... 
Finalement, elle intègre donc l'école de la météo en tant que fonctionnaire au sein de météo France. Elle va retrouver ses premiers amours, notamment la mécanique des fluides, cette fois dans le contexte météorologique. Depuis toujours, notre jeune météorologue voulait travailler dans l'environnement mais pas dans une fonction très déconnecté de la réalité, elle veut de l'opérationnel, de la gestion de crise. 


En somme, elle trouve avec sa nouvelle filière un lien qui lui va bien entre théorie, pratique et utilité collective. Finalement, en tant que prévisionniste, elle contribue à son niveau à sauver des vie, en jouant un rôle dans la chaîne de décision. A l'issue de ses 3 ans à l'école d'ingénieurs de la météo, spécialisée prévisionniste, elle prend son premier poste à Bordeaux, en tant que chef prévisionniste. Elle est alors responsable des couleurs de vigilance des 20 départements rattachés à son bureau. Elle veille et anticipe notamment la survenue des crues, des inondations, des feux de forêts, et de tous les autres phénomènes météorologiques dangereux. Elle fait donc ses premières armes à ce poste, connaissant ses premières crises, travaillant en étroite collaboration avec la préfecture, les pompiers et autres acteurs de l'urgence. "Je me suis vraiment sentie utile. On est le 1er maillon de la chaîne, et on permet aux décisionnaires de prendre les dispositions en connaissance de cause."


Après ces 3 ans à Bordeaux, Cindy évolue en tant que chef prévisionniste marine au centre national de Toulouse. Elle y exerce alors 2 missions principales : 

-La veille sur les hommes et objets à la mer en dérivation (permet d'anticiper/prévoir la dérivation de ces biens ou personnes et ainsi guider l'action des services de sauvetage)  

-La vigilance vague submersion pour l'ensemble de la métropole

Puis finalement, forte de son expérience en prévision, acquise durant ces années, elle décide de concrétiser son aventure en Terre Adélie. Elle en entendait parler depuis l'école. Notre jeune cheffe météo a toujours été attirée par les pôles, les pays froids, ces endroits préservés de la présence humaine où les animaux ne craignent pas l'Homme. Son ardeur est renforcée par la lecture de nombreux livres retraçant les glorieuses expéditions des pionniers comme l'odyssée de l'Endurance de Shackleton. 

En parallèle de son travail, Cindy est aussi engagée dans la vie associative pour une cause qui lui tient particulièrement à coeur, les animaux. Bénévole à la SPA, elle travaille comme enquêtrice, elle évalue des situations particulières suite à des plaintes afin de déterminer si des animaux sont maltraités ou en danger. 


Revenons en Antarctique. Sur base, Cindy a un objectif : faire de bonnes prévisions pour tous les personnels sur base, en s'adaptant au public et aux risques auxquels ils sont exposés et en exprimant avec honnêteté les incertitudes inhérentes à certaines prévisions. Cindy et son équipe sont là aussi pour sensibiliser les personnels aux risques liés à la météo, risques majeurs dans un environnement isolé et hostile comme le nôtre. 

Mais au delà de son travail quotidien de préparation des prévisions, c'est aussi un rôle de vulgarisation de la météo pour l'ensemble des hivernants et campagnards, c'est aussi l'occasion d'initier certains à la météorologie et de les faire participer à des manipulations comme les lancers quotidien de ballon météo. 

Immersion dans une journée type 

6h45 : Cindy arrive au bureau, il n'y a pas grand monde debout... Elle observe le ciel, fait son observation de visibilité et de hauteur des nuages. 

7h : première observation envoyée à Toulouse, elle sera assimilée dans les modèles météo. 

Elle réalise alors le météogramme pour les 2 prochains jours. 

7h45: Elle prend son petit déjeuner au bar en compagnie des quelques lèves tôt. Pierral (le technicien météo) est toujours là avec ses mots-croisés. 

8h10 : Elle participe aux étirement animés par Hugo. 

8h50 : Elle lance le ballon avec Pierral

8h50-09h15 : Elle relance le ballon car le premier lancé est un échec, 1 fois sur 2 seulement ;)

09h30 : bulletin météo radio 


Après son bulletin météo radio quotidien, n'oubliez pas de lui lâcher un "Merci Cindy" ! 

Le reste de la matinée est consacré notamment à l'alimentation de la base climatologique, le traitement des données du ballon, l'analyse des images banquises, ... 

12h15 Déjeuner, s'en suit systématiquement l'observation de 13h. 

Puis ses collègues de jeux l'attende pour une partie de coinche ou de belote (la boucle est bouclée). 

L'après midi est consacré au traitement des mails, QGIS, les rapports, l'administratif aussi, il faut bien ... 

Et puis l'après midi c'est aussi un drôle de défilé qui se produit à la météo. Tous ses "clients" viennent la consulter. 

Le glacio pour anticiper les chutes de neiges et les dates pour ses manips en H. 

L'onitho pour connaitre le vent pour ses sorties. 

Le lidariste pour les nuages afin de savoir s'il pourra tirer. 

Hugo vient prendre un café et papoter, Nathan passe aussi pour papoter, Nico vient trainer aussi sans vrai objectif, et d'autres encore... bref le bureau météo, c'est un peu le bureau du psy, "la cour des miracles", on y vient pour raconter sa vie et donner sa météo intérieure. 

Après le goûter de 16h, le DISTA vient me parler des opérations du lendemain. Puis le modèle du soir arrive. 

18H30, c'est le brief sécurité et opérations pour prévoir la journée du lendemain. Le DISTA, le radio, le chef tech et la médecin se retrouvent pour discuter et planifier la journée du lendemain en toute sécurité. 

A 19h, c'est la dernière observation de la journée ! 

Le soir, Cindy participe aux soirées de la base, refait le monde en compagnie de Nathan et Amandine sur les derniers rebondissement de Koh Lanta ou autre série. Parfois, elle s'évade en jouant du piano ou de la guitare (outre les grands classiques, elle nous partage des musiques de Sofiane PAMART qu'elle affectionne), en faisant de la peinture ou des arts créatifs (broderie, poterie,...). 



Enfin, elle ne refuse jamais une bonne balade sur la banquise. Elle a même un petit rituel quasi quotidien, une petite excursion vers la croix prud'homme, c'est son bol d'air à elle. 

Si vous la cherchez, ce n'est pas très compliqué, elle porte presque toujours son bandana manchot pour couvrir ses oreilles. Elle est emmitouflée dans une VTN ancien modèle à la teinte violette. Si vous avez bien suivi, vous la trouverez donc soit à la météo, soit à la croix prud'homme, soit en train de jouer du piano ! Vous pourrez la repérer avec son petit rire au loin. 

"J'ai beaucoup aimé durant cette année, la diversité des gens à côté de moi, j'en ai profité pour apprendre plein de choses, le crampon sur glace avec Adèle, la peinture et la menuiserie avec Nathan, la meneuse et le tour avec Léo..."

Cindy aime aussi les paysages extraordinaires, parler aux manchots sans qu'ils aient peur, les tempêtes,...


Cindy est aussi attachée à ce qu'elle appelle "les chioques". En manque de chiens, elle s'est tournée vers les phoques de Weddell, "C'est un peu mes chiens de l'Antarctique"

Elle aime aussi le détachement complet par rapport aux histoires du monde, "on est dans une bulle, c'est très rare dans une vie"

Quelques minutes avant l'anecdote qui suit ... Photo : Pierre BASCELLI

Une anecdote à nous raconter ? 

"C'était en fin du mois d'Avril, la banquise commençait à se reformer. Afin de rouvrir progressivement la banquise, nous sommes partis Renaud et moi avec Pierre, le DISTA, pour une opération de sondage de la banquise, une des premières où l'on s'éloignait un peu des alentours de la base. Alors que nous marchions sur la banquise aux alentours de l'île Curie, on a vu qu'un léopard des mers nous suivait progressivement en sortant la tête par les trous d'eau autour de l'île. Soudainement, on a entendu et senti des chocs sous nos pieds. Le léopard des mers tapait sous la banquise pour essayer de la casser et d'attraper les proies que nous étions alors. La glace faisait seulement 25cm sous nos pieds... Je dois avouer que j'ai eu peur, j'ai eu un petit frisson ... On a pas tous les jours l'occasion de ressentir ça, d'être chassé par un animal sauvage...


Une citation à nous partager ? 

"Je ne me fierai jamais à une personne qui n'aime pas les chiens, mais je me fierai toujours à un chien qui n'aime pas une personne" Paraphrase de la citation de Bill MURAY par Cindy. 

"On ne voit bien qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux" Antoine de Saint-Exupéry


Un mot pour terminer ? 

Ce sera une citation de plus : 

"Vivre, c'est faire de son rêve un souvenir" Sylvain TESSON


-

Chers lecteurs, je vous avais promis de terminer les portraits hivernants, alors depuis les terres chaudes et non moins hostiles d'Australie, je tiens mon engagement. Merci à mon successeur Nicolas PUVIS, actuel DISTA, de me permettre ces dernières publications.

Pierre BASCELLI (DISTA TA 75)