12 janvier 2026

Le programme des biologistes en campagne d’été

Aujourd'hui, l'équipe de biologistes nous propose un article sur leurs activités durant cette campagne d'été 2025-2026. 

Campagnards d’été 2025-26.
De gauche à droite : Pierre, Clive, Amandine, Milan et Léo – Au centre : Karine.
Photo : Victor Velasquez

Alors qu’Amandine Barles (ornitho-mammalogue, projet 109-ORNITHO2E), achève son hivernage, une équipe de biologistes atterrit à Cap Prudhomme pour lancer leur campagne d’été. Parmi le personnel scientifique, nous retrouvons :

  • Karine Delord (ornithologue au Centre d’études Biologiques de Chizé – CEBC-CNRS, projet 109-ORNITHO2E), 
  • Léo Marcouillier (doctorant manchologue, projet 1091-AMMER),
  • Milan Chabin (hivernant 2025-26 ornitho-mammalogue, projet 109-ORNITHO2E),
  • Pierre Guiart (campagnard multi-projet 109-ORNITHO2E, 1091-AMMER et 1182-ASSET),
  • Clive McMahon (collaborateur australien, spécialiste des phoques, projet 1182-ASSET).

Les projets sont soutenus par l'Institut Polaire Français Paul-Emile Victor et labélisés Suivis Long-Terme (SEE-Life et Zone Atelier Antarctique) par l'Institut Ecologie et Evolution du CNRS. 

Amandine Barles prête à contrôler l’identité (lire le transpondeur) d’un phoque sous vent et flocons.
Photo : Pierre Guiart

Les transpondeurs ont la même fonction que les bagues sur les oiseaux, ils permettent d’identifier un individu tout au long de sa vie et de reporter ses observations. Ces outils permettent d’étudier la démographie de différentes espèces qui occupent l’archipel de Pointe-Géologie pendant la saison de reproduction et représentent des méthodes de suivi des populations animales. Par démographie, on entend les fluctuations d’une population qui sont définies par diverses variables comme l’âge de première reproduction ou la fécondité et permettent d’estimer des paramètres comme la survie des individus, la fidélité des partenaires, le nombre de descendants ou la sénescence. Cela permet également de s’intéresser à la dispersion (immigration/émigration) d’individus vers ou depuis d’autres aires géographiques. Au cours de l’été austral (novembre à mars), les campagnards d’été biologistes ont un planning très dense. Sur cette période délimitée par les rotations de L’Astrolabe, des travaux plus spécifiques sont réalisés sur le terrain avec de nombreux passages dans les colonies d’études.

Les prédateurs marins abondants et accessibles en Antarctique sont ainsi de réels bioindicateurs de la santé des écosystèmes par l’étude de leur déplacement. L’étude de leurs déplacements en mer via l’acquisition de localisations des individus, enregistrées grâce à des outils de biologging, permet à la fois d’approfondir nos connaissances du milieu marin dans des zones où la collecte de données peut être compliquée (par exemple sous la banquise) et de combiner ces données au succès reproducteur des individus afin de comprendre quelles conditions sont favorables à leur reproduction et à leur survie.

 

Les manchots Adélie (Projet 1091 - AMMER)

Têtus, curieux, bagarreurs – beaucoup d’adjectifs peuvent être utilisés pour décrire Léo et Pierre les manchots Adélie. Les colonies suivies sont présentes sur l’île des Pétrels – la même île qui héberge la station. C’est même autour du laboratoire de biologie marine BioMar que sont présentes les colonies d’études ce qui facilite la logistique et diminue le temps de manipulation des oiseaux. L’île des Pétrels recense près de 18.000 couples nicheurs cette année et seul un échantillon d’environs 160 individus est étudié pour les suivis de succès reproducteur (~70 ind.) et d’activité hivernales (~40 ind.) et estivales (~50 ind.).

Des nids de manchots Adélie ici et là sur la station de l’île des Pétrels. Photos : Pierre Guiart

Les manchots Adélie se reproduisent au sein de grandes colonies tout autour de l’Antarctique et sont très sensibles aux fluctuations de la quantité de glace de mer et aux événements climatiques. Une extension trop importante de banquise comme en 2013 et 2016 a mené à un échec total de la reproduction des manchots Adélie tandis qu’un manque de glace est également au détriment de la reproduction par une disponibilité trop faible en ressources marines. Cette année la surface couverte par la banquise est relativement importante comparée aux dernières années. Un accès plus éloigné aux sites de nidification et vers la mer pour se nourrir pourrait être à l’origine de départs plus tardifs comparés aux dernières années passées, quand bien même d’autres mécanismes sous-jacents expliqueraient probablement mieux cette phénologie différée. La période actuelle de vacances de Noël est marquée par plusieurs épisodes neigeux avec d’importantes accumulations de neige au moment des premiers stades de croissance des poussins. Les comptes restent à faire avec la progression de la saison mais nous constatons des mortalités importantes de poussins sur nos colonies d’études suite à ces événements météorologiques. Selon l’exposition et la qualité des territoires, les colonies ont été plus ou moins impactées.

Georges Brassens – Les Oiseaux de passage. Photo : Pierre Guiart

Actuellement Léo et Pierre équipent une poignée de manchots d’accéléromètres et enregistreurs de plongée GPS pendant la période d’incubation et pendant la période d’élevage des poussins. Les premiers voyages durent entre 2 et 3 semaines, tandis que les relais entre chaque parent vont devenir plus fréquents au fil de la saison, jusqu’à atteindre l’équivalent d’un voyage par jour. Les trajets vers l’eau deviennent plus courts avec la fonte de la banquise ce qui va satisfaire les besoins des poussins en pleine croissance.

Les manchots Adélie exploitent les eaux de l’Est-Antarctique et effectuent des déplacements de l’ordre de 300 km au début de la reproduction afin de reconstituer leurs réserves d’énergie et d’assurer la relève lors de l’incubation des œufs. Ces distances sont significativement plus courtes lors de la période d’élevage des poussins. En hiver, ces oiseaux marins qui « volent sous l’eau » s’orientent vers des zones plus éloignées à l’ouest par rapport à la base, à 1550 km en moyenne. Ces informations laissent supposer la présence de zones riches en nutriments, favorable à la capture de proies et à leur survie au cours de l’hiver.

Elle m’a dit d’aller siffler là-haut sur la colline. Photo : Pierre Guiart

La date tant attendue est enfin arrivée, le 13 décembre 2025. C’est la première éclosion recensée au sein de la colonie de suivi du projet 1091-AMMER qui étudie les manchots Adélie. Sur base, l’information est vite relayée car tout le monde est impatient de rencontrer les petites boules de duvets. Dans les jours qui suivent, de multiples éclosions sont recensées ici et là sur base et de nombreux retours et questions parviennent aux oreilles des scientifiques. C’est un moment généralement très intéressant car il y a toujours des remarques inattendues qui émergent : « Et d’ailleurs, les poussins ont déjà des plumes ou du duvet quand l’œuf éclot ? ».

Les conditions météorologiques de fin décembre et début janvier n’auront pas été optimales à la reproduction de nos chers manchots Adélie. Le climat doux combiné à des chutes de neige sur plusieurs journées au moment du pic d’éclosion ont fragilisé la survie des jeunes poussins. La combinaison d’un accès éloigné à la mer et le temps humide et venté aura sévèrement affecté la survie des jeunes poussins sur certaines colonies en ne satisfaisant pas les apports caloriques et le maintien d’une température corporelle satisfaisante. De nombreux poussins se sont retrouvés mouillés et sujets à l’hypothermie. La zone d’étude du suivi de reproduction n’est cependant pas représentative de la population totale des manchots Adélie de l’archipel et d’autres sites se portent bien en raison d’un sol facilitant l’infiltration de l’eau, d’un relief moins exposé aux vents et à l’accumulation de neige, et de nombreux autres paramètres. Pour l’instant, nos observations n’indiquent pas que l’on s’oriente vers une année blanche (100% d’échec à la reproduction) comme il était constaté au cours de l’été 2013/2014 où les conditions de glace de mer et météorologiques étaient semblables à celles que nous rencontrons. La mort de tous les poussins de l’île avait alors été constatée. On croise les doigts et souhaite une bonne chance pour la suite à nos créatures adorées.

Petits poussins Adélie. Photo : Pierre Guiart


Phoque de Weddell (Projet 1182 - ASSET)

Le village Dumont-d’Urville accueille chaleureusement Clive McMahon, chercheur de l’Université de Tasmanie en collaboration avec le LOCEAN (Laboratoire d’Océanographie et du Climat). Sa mission : l’étude de l’écologie des phoques antarctiques et de leur habitat (océanographique et de banquise) dans le cadre du projet ASSET mis en place en 2006 et dirigé par Jean-Benoît Charrassin et Sara Labrousse. Les intérêts sont multiples : comprendre la biologie et l’écologie de ces espèces polaires sentinelles de l’écosystème antarctique face à la variabilité de leur habitat dans un environnement changeant. Pour cela on enregistre leur comportement alimentaire et social et leur environnement grâce aux données de leurs plongées. En raison des conditions météorologiques qui peuvent être extrêmes, l’océan austral est sous-échantillonné contrairement aux autres mers du globe. Cela est également vrai pour les eaux sous la banquise qui sont difficilement accessibles. Les informations collectées par le phoque de Weddell, qui est un phoque inféodé à l’Antarctique et à la banquise, apportent de grandes connaissances sur la dynamique de l’écosystème antarctique et de la banquise et sur la circulation des courants marins, moteur de la circulation générale dans l’océan mondial ayant un rôle important sur notre climat. Des ralentissements des remontées d’eaux profondes (riches en nutriments) combinés à des apports importants d’eaux douces issues de la fonte des plateformes glacières pourraient avoir des conséquences sur la production primaire (phytoplancton) par une disponibilité moins importante en nutriments. Dans ces conditions, les changements de phytoplancton à la base de la chaine alimentaire pourraient entraîner des répercussions sur l’écosystème Antarctique et la survie des prédateurs supérieurs qui pourrait significativement diminuer lors d’événements climatiques extrêmes.

On est quand même mieux là que dans un frigo. Photo : Pierre Guiart

Les études du projet ASSET interviennent dans le cadre du Système National d’observation (SNO) Mammifères Échantillonneurs du Milieu Océanique (MEMO) et du Global Ocean Observing System (GOOS ; Système d’Observation de l’Océan Global). C’est une Commission Océanographique Intergouvernementale (UNESCO) à l’origine d’un observatoire de l’océan global dont les données collectées proviennent de diverses sources (instrumentation sur animaux, flottes et bouées océanographiques, satellites, etc.). Clive, Milan, Amandine et Pierre sont ainsi allés équiper des phoques pour quelques jours (moins d’une semaine) à l’aide de balises qui récupèrent des données hautes-résolution (GPS, Caméra, Hydrophone, Microsonar). La géolocalisation sera combinée aux images et aux données du microsonar afin d’évaluer l’épaisseur de la banquise, sa structure biologique et les proies que ciblent les phoques. Une nouvelle étude acoustique dirigée par Isabelle Charrier à l’Institut des Neurosciences Paris-Saclay a aussi été mise en place pour étudier les interactions entre les individus sous l’eau et le répertoire de vocalises du phoque de Weddell.

Gnocchi 1 et Gnocchi 2 se gèlent la pilule. Photo : Pierre Guiart


Pétrel des neiges

L’écologie en mer des pétrels des neiges est étudiée depuis la campagne d’été 2015-2016. L’objectif est de déterminer si les pétrels utilisent préférentiellement certains types de glace de mer pour rechercher leur nourriture, si l’utilisation de la glace de mer varie selon les années, le sexe et l’âge, et à plus long terme de comprendre comment la diminution de la banquise liée au réchauffement climatique va affecter cette espèce.

Arrivée sur la rotation R0 de l’Astrolabe, Karine Delord débarque munie de quelques instruments de géolocalisation miniaturisés et très légers (environ 2-3 gr).

On distingue ici les GPS des géolocalisateurs (GLS) :

  • Les GPS sont déployés pendant l’incubation pour un unique séjour alimentaire en mer et récupérés au retour au nid. Les données de déplacement récupérées nous fournissent des informations sur les zones préférentielles et les distances parcourues (jusqu’à 800 km environs pour les femelles cette année). Les aires exploitées peuvent varier d’années en années en fonction de l’état de la banquise pour cette espèce ‘pagophile’ (dépendant de la glace de mer). Les données vont permettre aux scientifiques de comprendre les paramètres qui impactent les trajets réalisés par les individus pour aller se nourrir en mer. 

  • Les GLS (Global Location Sensor) fournissent des informations sur la localisation des individus en se basant sur les niveaux de lumière enregistrées par les instruments et permettent de suivre les animaux pendant plusieurs années. Les localisations obtenues grâce aux GLS, bien que d’une précision moindre que celles obtenues par GPS (100-150 km contre ~10 m) permettent d’obtenir des données sur une période beaucoup plus importante pouvant atteindre 4 ans. Pour des oiseaux qui parcourent régulièrement des milliers de kilomètres comme les pétrels des neiges, les données ainsi obtenues nous permettent d’appréhender des questions sur certaines périodes du cycle (post-reproduction) auparavant.

Un couple de pétrels des neiges au nid. Photo : Pierre Guiart

Ce suivi s’inscrit dans un observatoire à long-terme du vivant, observatoire SEE-Life CNRS, qui grâce à l’acquisition de paramètres de manière répétée dans le temps et l’espace nous permet de comprendre la dynamique des population, l’impact des changements de l’environnement sur les espèces et in fine d’évaluer l’état de santé des écosystèmes marins.

En plus de connaître l’écologie en mer des pétrels des neiges, dans le cadre de l’ANR Ecomigr (ECOlogy of MIGRants), un objectif est également de déterminer s’il existe des différences de comportement en mer entre les individus immigrants et les résidents (c’est-à-dire ceux nés dans l’archipel de Pointe-Géologie et ayant ensuite recruté dans cet archipel). Étant donné que tous les poussins de l’archipel sont bagués systématiquement chaque année depuis plusieurs décennies, les individus immigrants sont les individus non bagués se reproduisant dans les colonies d’études.

 

09 janvier 2026

Les fêtes en Terre Adélie

La période des fêtes en Antarctique est avant tout une période très chargée pour nos scientifiques. La campagne d’été bat son plein, il faut déneiger les instruments, remettre d’équerre tout ce qui a été rudoyé pendant l’hiver, relever les mesures, faire toute la maintenance nécessaire et effectuer les réglages pour la saison, voire pour l’année à venir.

Pour les ornithologues, c’est aussi une période particulièrement chargée, étant donné l’éclosion de nombreuses espèces d’oiseaux. Dans quelques jours, ils partageront ici un article pour nous faire découvrir l’ampleur de leur travail. Deux petites photos pour vous donner un avant-goût.

Pétrel géant antarctique et son poussin. Photo : Amandine Barles (ornitho-mammalogue TA 75)

Manchot Adélie et son poussin. Photo : Antoine (technicien radio TA 76)

 

Sur un plan plus récréatif, le 14 décembre 2025 a été organisé le Pétrail des Neiges. Pour les non-initiés, il s’agit d’un jeu de mot entre Pétrel des neiges, l’oiseau, et trail, course à pied en anglais. En individuel ou par équipe, 18 coureurs se sont élancés sur la banquise pour effectuer une course de 7,5 km, soit trois fois le tour de l’île des Pétrels, et 140 m de dénivelé positif. Des dossards avaient été confectionnés, des pisteurs s’étaient postés le long du parcours pour s’assurer de la santé et de la sécurité de tous, et un gros comité d’accueil les encourageait au départ et à l’arrivée. Après moins d’une heure de course pour les plus rapides, les deux plus hautes marches du podium ont été ravies par les deux représentants de la station Robert-Guillard. Un grand bravo à tous les concurrents pour ce petit exploit sportif !

Les coureurs avant le départ du Pétrail des Neiges. Photo : Alexandre Maïnos (optoélectronicien TA 76)

 

Enfin et surtout, la fin d’année est l’occasion de fêter Noël et le Jour de l’An. Loin de leurs familles et de leurs amis, et au cœur de plusieurs jours d’intenses activités, hivernants et campagnards ont pris plaisir à se retrouver pour marquer Noël. Estelle, Pierre et Quentin à la cuisine ont concocté des menus de fêtes. Tout au long du mois de décembre, des volontaires les ont aidés en cuisine pour préparer à l’avance ce qui pouvait l’être. D’autres se sont chargés de la décoration et des animations. Tout le monde a apprécié ces moments de convivialité à des milliers de kilomètres de la métropole.

Le réveillon du Nouvel An, le premier ici pour nombre d’entre nous, est aussi un moment particulier. Un passage à la nouvelle année parmi les premiers sur Terre, étant donné le décalage horaire, mais aussi sous la clarté du soleil de minuit (qui se cachait tout de même sous une épaisse couche de nuages !). Ça a été aussi la dernière soirée avant le départ de L’Astrolabe, l’occasion de passer un dernier bon moment avec ceux qui partent.

Malheureusement, à cause de la météo, nos collègues de Prudhomme n’ont pas pu se joindre à nous. Ce n’est que partie remise ! Et ça ne les a pas empêchés de célébrer la nouvelle année comme il se devait.

Photos d’ambiance le soir de Noël. Photos : Nicolas Puvis (DISTA)

 

06 janvier 2026

Deuxième rotation de L'Astrolabe

Un peu comme en métropole, la période des fêtes a été marquante à plusieurs égards. Ce fut une période chargée en activités logistiques, scientifiques et festives !

Une météo étrange

D’un point de vue météo, décembre aura été un mois particulièrement doux. Le jour de Noël, nous avons enregistré une température de 8,4°C, soit la 6e journée la plus chaude enregistrée depuis le début des mesures en 1956. C’était également la 2e journée la plus chaude pour un mois de décembre depuis 1956 (record 9,9°C en décembre 2001). Décembre 2025 a aussi été le 4e mois le plus chaud enregistré.

Ce mois de décembre a compté 14 jours de neige (pour une normale de 8,1), 22 jours de vent fort (pour une normale de 20.8) et 7 jours de vent supérieur ou égal à 100 km/h (pour une normale de 6,2). Nous avons aussi enregistré un des mois de décembre les moins ensoleillés de l’histoire de la station (le précédent record date de 1991).

Nous y reviendrons par la suite, mais ces conditions météo auront causé bien des soucis à L’Astrolabe dans son approche de la station mais aura aussi eu un gros impact sur nos opérations héliportées et empêche toujours l'arrivée du 4e vol de la campagne d'été.

Deuxième rotation (R1) de la saison pour L’Astrolabe

Contrairement à tous les pronostics, le franchissement du pack de glaces aura été extrêmement complexe pour les marins de la Marine nationale. Ils auront consacré 7 jours, une durée notablement longue pour une fin décembre, à braver ce pack très compact, un temps très nuageux, venteux et neigeux rendant la navigation difficile.

Par une belle journée ensoleillée (chose rare ces dernières semaines !), L’Astrolabe a débarqué le 27 décembre ses 20 passagers : les 7 derniers hivernants cette 76e mission polaire en Terre Adélie (la TA 76), 6 campagnards d’été et visiteurs, ici pour quelques jours ou quelques semaines, et 7 Australiens relevés à Macquarie Island, sur la route, qui repartiront pour Hobart. Nous avons donc profité de cet inattendu rayon de soleil pour prendre la photo de mission qui nous a servi pour la carte de vœux.

La banquise autour de DDU s’étendait à plus de 3,5 km, là aussi un phénomène que nous n’avions pas vécu depuis 2017. L’Astrolabe en bon brise-glace a réussi à se frayer un chemin jusqu’à l’anse du Lion, qui sépare l’île des Pétrels de la zone logistique de l’île du Lion. L’approche du quai, dans une glace encore épaisse de plus d’un mètre et à proximité de hauts fonds, s'est avéré trop risqué et le bateau, empêché d'accoster, s’est mis en appui banquise au milieu de l’anse du Lion.

L’Astrolabe dans l’anse du Lion. Photo : Nicolas Puvis (DISTA)

Les jours qui ont suivi ont été mis à profit pour décharger quelque 340 m3 de carburant en tirant des manches depuis le bateau vers les cuves sur le Lion. Les 65 tonnes de vivres et de matériel auront nécessité quelques 165 sauts de puce de l’hélicoptère entre le navire et les lieux de déchargement sur le Lion, sur l’île des Pétrels ou à Prudhomme. Trois journées de manutention bien intenses pour les marins et pour les équipes de l’IPEV impliquées dans ces opérations. Quelques charges trop lourdes pour être héliportées (et qui auraient dû être déchargées par la grue de L’Astrolabe directement sur le quai) repartiront à Hobart et seront déchargées fin janvier lors de la prochaine rotation.

L’Astrolabe dans l’anse du Lion. Photo : Grégory Tran (responsable des opérations IPEV)

Nous profitons de cet article pour saluer tous les marins de l’équipage A de L’Astrolabe qui seront relevés d’ici quelques jours à Hobart par l’équipage B. Pour une bonne partie d’entre eux, dont le Commandant, c’était la dernière rotation vers la Terre Adélie. Qu’ils soient remerciés de leur travail et de leur soutien indispensable à notre présence au bout du monde.

Nous avons également dit au revoir à 10 hivernants sortants, personnels IPEV et Météo France. Les départs sont souvent un moment d’émotion. D’abord pour Amandine et Adèle, les deux dernières représentantes de la TA 75 qui resteront jusqu’à début février, et qui voient leurs co-hivernants partir. Pour ceux qui partent aussi, parce que le temps de la dispersion du groupe est arrivé et que cette tranche de vie qu’ils ont vécue, individuellement et collectivement, se clôture. Et pour chacun d’entre nous qui avions tissé des liens, même brefs, durant ces quelques semaines passées ensemble.

Un avion nommé désir

Toujours pour cause de météo peu favorable, nous sommes en attente depuis le 27 décembre du 4e vol de la saison. Il est censé nous ramener 3 personnes de la station Concordia et y emmener 5 autres, ainsi que du fret. Nous aurons sans doute l'occasion de détailler plus tard dans la saison toute la logistique et la mobilisation de personnels autour de ces vols, coordonnés entre DDU, Concordia et la station italienne Mario Zucchelli. Décaler ces vols de jour en jour en fonction de la météo implique donc beaucoup de travail, peu récompensé jusque-là.

Le Raid Log

Comme nous l’indiquions dans un article précédent, le premier raid logistique de la saison (le 81e depuis près de 30 ans) s’est bouclé le 20 décembre, après 22 jours : 10 jours à l’aller, 3 jours sur place à décharger et se reposer, et 9 jours à la redescente. Sur le chemin du retour, ils ont pu passer la dernière soirée à D47, où était stationnée l’équipe du Raid Science. Un moment de retrouvailles et de chaleur humaine appréciable à ces latitudes ! Une fois arrivé, pas de temps à perdre pour l’équipe à Prudhomme. Il faut déjà préparer le départ du prochain raid, qui se fera dès cette semaine. Pas de repos (ou presque) pour les braves !

La caravane du raid logistique, en chemin et à son arrivée à Concordia. Photos : Antoine Baudy (technicien polyvalent raid log)

Le Raid Science

De son côté, le raid science a poursuivi sa progression sur le continent. Juste après Noël, il est arrivé à mi-parcours. Nous aurons l’occasion de détailler cette première séquence dans un article à venir. Cela a surtout signifié le départ de 3 des leurs (Inès, Morgane et Aubin du projet AWACA) qui sont repassé à DDU avant de s’envoler vers Concordia poursuivre leur mission. Après 34 jours partagés ensemble, le moment du départ est toujours particulier, et jamais vraiment simple. Dans ce contexte isolé et exigeant, les liens se tissent naturellement, au fil des journées de travail, des contraintes météo et des moments de vie partagés. Mais les 4 restants (Nicolas, Céline, Victor et Félix) sont vite rejoints par Manu et Arnaud pour les projets STR3ART et SAMBA, qui ont quitté leurs quartiers à Prudhomme, pour la seconde partie de ce raid science.

Le Raid Science. Photos : Nicolas Pernin (coordinateur du raid science)

Dans un prochain article, nous reviendrons sur les aspects plus festifs de cette fin d’année.

01 janvier 2026

30 décembre 2025

Arrivée de R1, la deuxième rotation de L'Astrolabe de la campagne

Après deux semaines de navigation, un détour planifié par Macquarie Island pour relever du personnel australiens, une météo hostile et un pack de glace encore particulièrement compact au large de DDU, L’Astrolabe a fini par braver les éléments et fait son apparition samedi 27 au matin.

Photo : Clément Gouget (responsable technique TA 76)

La banquise étant encore bien constituée dans l’archipel de Pointe Géologie, le bateau s’est d’abord mis en appui banquise pour procéder au débarquement des passagers et de petites charges par hélicoptère.

Les derniers hivernants de la 76e mission en Terre Adélie ont rejoint ceux arrivés en novembre. Nous sommes désormais au complet et nous préparons doucement à cette année qui nous attend ici. Trois campagnards ont également rejoint la station, avec trois visiteurs qui repartiront avec le bateau en fin de semaine. Les collègues australiens de Macquarie ont également débarqué pour la semaine ; c’est l’occasion pour eux de découvrir notre environnement antarctique, après plusieurs mois passés sur leur île subantarctique.

Photo : Nicolas Puvis (DISTA)

Lundi 29, le brise-glace a poursuivi son travail sur la banquise pour se rapprocher au maximum de l’île du Lion dans l’espoir de s’y amarrer. La banquise est finalement trop épaisse pour qu’il arrive à la briser jusqu’au bout. Il s’est quand même considérablement approché, le transfert de carburant et le déchargement du reste du matériel se fera dans de meilleures conditions que ce que nous craignions encore il y a quelques jours.

Cette période à la fois de fêtes et de travail est très intense pour les équipes ici. On est 82 à Dumont-d'Urville et 16 à Prudhomme. C’est très stimulant et ça se passe dans la bonne ambiance. Plus de détails sur l'ensemble de la séquence dans quelques jours. Bon réveillon à toutes et à tous !

24 décembre 2025

Le Raid Logistique, reliant les stations DDU et Concordia

Il y a quelques jours le 81e raid logistique de l’IPEV a réussi à ravitailler la station franco-italienne Concordia. Partis de la station Robert-Guillard à Cap Prudhomme, à quelques encablures de la station Dumont-d’Urville, les dix hommes ont mis 10 jours pour avaler ces 1 100 km, 3 jours sur place pour décharger les 190 tonnes de cargo et se reposer un minimum, et 9 jours pour revenir sur la côte.

Un grand bravo à Anthony et son équipe de raiders, ainsi qu’à Christophe (alias “Tito”) et son équipe à Prudhomme. Comme vous allez le voir sur cette vidéo, c’est une belle prouesse humaine et technique !